– Sur un bateau pour aller où?

– La première question est déjà compliquée! Manhattan ou Buenos Aires.

– Et sur un pédalo, avec qui?

– Avec Muhammad Ali. J’ai beaucoup de choses à lui demander.

– Votre spécialité à la piscine?

– Mon premier apprentissage, la brasse. Mais je nage comme un vieux.

– Vos premières larmes par amour?

– J’avais 16 ans. J’ai beaucoup pleuré pour Regula. Elle habitait le village voisin. Cette fois-là, les larmes sont restées sans succès.

– Combien de bains par semaine?

– Zéro. Je prends des douches. Il n’y a pas de baignoire à ma taille.

– Votre plus belle odyssée?

– A Saint-Gall. Je cherchais désespérément un hôtel. J’ai sillonné la ville durant trois heures. Jusqu’à ce que la police m’interroge.

– Et votre pire costume de bain?

– Orange avec une énorme fermeture éclair. Horrible, mais j’ai eu de la peine à m’en séparer.

– Votre plus grand plongeon?

– Au service militaire, à Brugg. On devait sauter depuis plus de dix mètres. Je ne l’ai plus répété.

– Votre record de ricochets?

– J’adore passer du temps autour de l’eau, les ricochets n’ont pas de secret pour moi. J’apprécie la mer mais surtout les rivières. Sauter dans le Rhin ou l’Aar en été, quand l’eau dépasse les 18 degrés.

– Une saison en eau trouble…

– Je dois à nouveau évoquer mon service militaire. J’avais 20 ans,j’ai passé une année au bord de la rivière à construire des ponts. Le seul avantage est que cela m’a permis de rencontrer de nombreux Russes.

– Des Russes?

– C’est comme ça qu’on appelle les Romands, à l’armée.

– Un mot avec un e dans l’o?

– Oerlikon. J’y ai eu mon premier appartement. Peu de gens se doutent de tout ce qui s’y cache.

– Qu’entendez-vous quand vous avez la tête sous l’eau?

– Le murmure de l’eau qui frotte sur les cailloux au fond de l’Aar. Quand vous descendez dans la rivière et mettez vos oreilles à la hauteur de l’eau. Il n’y a rien de plus beau.

– Qui pour une leçon privée de natation?

– Mark Spitz. Aux Jeux de Munich, en 1972, il a gagné sept médailles d’or. C’était ma première grande star, comme Pelé.

– Quel goût a l’eau bénite?

– Quand j’étais gamin, j’en avais rempli des bouteilles pour voir si mes potes étaient capables de la distinguer de l’eau du robinet. A part ça, j’étais très pratiquant. Aujourd’hui, j’aime retrouver certains rituels mystiques dans des traditions alpines, par exemple.

– La seule musique qui soit plus belle que celle des vagues?

– Les «canzoni» italiennes. Avec des musiciens comme Francesco de Gregori. Ou, dans un autre registre, Jacques Brel.

– Sticks de poisson ou caviar?

– Oh, le caviar! Je ne peux toujours pas me le permettre, mais plus je vieillis plus j’en ai envie. Aujourd’hui, je suis capable de me priver pour un objet de luxe. Par exemple pour une belle paire de chaussures.

– Aujourd’hui, qui sont les sirènes que nous n’entendons pas?

– Nous construisons toujours autant de centrales nucléaires…

– Pour qui était votre dernier mollard?

– Pour George W. Bush. Certains lui ont lancé des chaussures. Moi, j’ai fait différemment.

– Quelle boisson pour accompagner votre dernier repas?

– Du simple vin de table. Pas besoin de grand cru.

– Ô rage, ô désespoir…

– Ô Schweiz, ô Finanzplatz…

Poète bernois, chroniqueur Sports du journal «Blick»