Après les pédophiles, une nouvelle catégorie de délinquants est dans le collimateur de ceux qui veulent durcir l'arsenal pénal: les chauffards. L'association de victimes de la route RoadCross a annoncé lundi qu'elle va lancer d'ici le printemps prochain une initiative populaire visant à punir plus sévèrement les responsables d'accidents graves.

RoadCross réagit ainsi à deux drames récents sur les routes alémaniques qui ont suscité une grande émotion. Au début novembre, un jeune d'origine étrangère de 19 ans, circulant à plus de 100 à l'heure dans une zone limitée à 50 à l'heure à Schönenwerd (SO), avait embouti une voiture circulant correctement, tuant une jeune femme de 21 ans. Deux autres jeunes hommes, chacun au volant d'un véhicule lancé à fond, étaient également impliqués; le procureur soleurois est entre-temps arrivé à la conclusion qu'il ne s'agissait pas d'une course-poursuite, suscitant une nouvelle vague d'indignation.

Dimanche dernier, un jeune Suisse de 22 ans, roulant à vive allure et alcoolisé, a tué en plein centre de Bâle un autre automobiliste.

RoadCross reste vague encore sur les contours de son initiative anti-chauffards. «Mais nous avons été sollicités de partout, les politiciens de tous bords veulent qu'il se passe quelque chose», déclare Sabine Jurisch, porte-parole de l'association. En Suisse alémanique, les deux conseillers nationaux socialistes zurichois Daniel Jositsch et Chantal Galladé se sont emparés du thème. Daniel Jositsch, professeur de droit pénal qui travaille au texte de l'initiative, milite pour l'introduction de peines minimales fermes même lorsqu'il s'agit d'homicide par négligence. Et pour un relèvement dans ce cas de la peine maximale de 3 à 8 ans. L'Etat doit aussi avoir la possibilité de saisir immédiatement le véhicule du chauffard. Et les jeunes conducteurs, interdits d'alcool, devraient commencer avec des voitures bridées.

D'ici au printemps, RoadCross veut mettre sur pied un comité d'initiative aussi large que possible. En Suisse romande, les chauffards ne sont pas un thème porteur. «Nous ne sommes pas arrivés à mobiliser des politiciens jusqu'à maintenant. Il y a une certaine indifférence de la part des officiels, alors même qu'en Suisse romande, la part des accidents graves est bien plus élevée», remarque Michaël Cordier, coordinateur de RoadCross en Suisse romande.

Les cantons n'ont pas tous les mêmes moyens, et n'exploitent pas tous de la même manière la marge de manœuvre qui existe dans la lutte contre les chauffards. La police cantonale de Zurich a équipé presque toutes ses voitures, y compris et surtout les véhicules banalisés, de caméras vidéo, qui fournissent en cas d'excès graves des preuves solides devant les tribunaux. Parallèlement, un groupe d'une demi-douzaine de procureurs se sont spécialisés sur les cas des chauffards. Une tactique qui porte ses fruits, puisque le nombre de délits de la route poursuivis a augmenté de 45% au cours des neuf premiers mois de 2008. Dans le canton de Soleure, le procureur ne s'est même pas rendu sur le lieu de l'accident de Schönenwerd.

Les cantons peuvent également prononcer des retraits de permis à titre préventif, dès qu'il existe des éléments objectifs qui font apparaître le conducteur comme une source particulière de danger pour les autres usagers de la route. Le nombre de ces retraits a sérieusement augmenté depuis 2001, laissant conclure à une sévérité plus grande.

L'ardeur des cantons à faire preuve de plus de sévérité envers les chauffards a toutefois été refroidie par le Tribunal fédéral. La plus haute instance a notamment cassé un jugement vaudois qui avait condamné un automobiliste à 4 ans de réclusion pour meurtre par dol éventuel. Celui-ci, qui, après avoir perdu la maîtrise de son bolide près de Nyon en 2004, avait tué son jeune passager, a été finalement condamné à une peine avec sursis pour homicide par négligence.

Pour Michaël Cordier, l'initiative anti-chauffard devrait permettre d'obtenir une plus grande harmonisation des pratiques cantonales. Mais le responsable romand de RoadCross voit aussi ses limites: «Elle permettra de lutter contre une certaine catégorie de conducteurs, mais qui ne sont de loin pas les seuls responsables des accidents graves. Sur la route, les conséquences peuvent être dramatiques à la suite d'une petite effraction déjà. Il faut pour cela un respect strict de toutes les règles.»