CYCLISME

Pénis à vélo, l'épreuve d'endurance

La pratique intensive du vélo présente des risques de troubles uro-génitaux. Plus de 60% des cyclistes coutumiers des longues distances en seraient affectés.

La moitié des coureurs du Tour de France souffrirait de troubles uro-génitaux qui ne disparaîtront, dans la plupart des cas, que plusieurs semaines après la fin de la compétition. Engourdissement du pénis, compression des nerfs de la région du périnée et dysfonctions érectiles sont des symptômes couramment associés à la pratique intensive du cyclisme, au dire des urologues. La prévalence des troubles varie de quelque 20% à plus de 90%, selon les études. Pourquoi de tels écarts dans les résultats des recherches? «Les symptômes sont plutôt difficiles à décrire, donc à diagnostiquer. C'est assez subjectif», explique Hans-Jurg Leisinger, urologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). «Mais les travaux scientifiques confirment que le fait de pédaler pendant de longues heures entraîne un changement au niveau de l'irrigation artérielle de la région du périnée, avec un risque de compression des nerfs. Au cours des dernières années, une quantité d'études ont été menées sur ce sujet», poursuit-il.

Le symptôme du «pénis engourdi» concernait ainsi quelque 64% des cyclistes effectuant plus de 400 km par semaine, selon le Journal of Urology et le périodique International Journal of Sports Medicine. Le Journal of Andrology rapporte un taux plus élevé encore, observé chez un groupe de policiers à vélo: 91%. Selon une étude réalisée par l'Université de Cologne et publiée en 2002 dans la revue European Urology, l'engourdissement de la région génitale «est un effet secondaire ordinaire du cyclisme longue distance». Plusieurs autres études mentionnent un lien entre cette pratique sportive et des traumatismes testiculaires. Plus délicate à déterminer, la prévalence des dysfonctions érectiles varie de 4 à 24% d'une étude à l'autre et nécessite, de l'avis de tous les spécialistes, des recherches plus poussées. Une synthèse publiée en 2005 par l'Université de Tel-Aviv affirme toutefois que «le risque de dysfonctions érectiles chez les cyclistes a été démontré de façon répétée».

Autre danger: des lésions tissulaires du périnée, incluant des callosités connues sous le nom de «troisième testicule du cycliste» ou «testicule accessoire». «Il s'agit de la formation d'une poche, comme une sorte de cloque ou d'une peau autour des testicules», explique le Dr Leisinger. Selon la

synthèse effectuée par l'Univer-sité de Tel-Aviv, il s'agirait d'une pathologie «affectant presque invariablement les cyclistes». L'ex-

espoir numéro 1 français Erwann Menthéour est l'un de ceux qui en ont fait l'expérience, après le Tour d'Armorique 1996. «A peine rentré chez moi, je me suis aperçu qu'il m'était poussé quelque chose qui ressemblait à un troisième testicule», écrit-il dans son livre Secret défonce, parlant d'une douleur «insupportable».

Ces problèmes affecteraient aussi bien les professionnels que les amateurs, le facteur de risque étant conditionné par le nombre d'heures passées à pédaler. Selon le New England Research Institute, dans le Massachusetts, le cyclisme exerce un effet protecteur sur la santé au-dessous de trois heures de pratique par semaine et «peut être associé à des troubles érectiles» au-delà de cette limite. Le journal European Urology confirme que la sévérité des atteintes est essentiellement liée au laps de temps pendant lequel la région du périnée est soumise à la pression du contact avec la selle. Les symptômes sont néanmoins réversibles, leur disparition complète nécessitant entre quelques jours et plusieurs mois. Une des hypothèses émises par les scientifiques est que le nerf honteux, qui irrigue la région du périnée, se coince entre le nez de la selle et l'os du pubis. «Lorsqu'on est assis sur le vélo, une pression s'exerce sur le périnée, c'est-à-dire l'urètre – canal de la vessie et du sperme – et la prostate. C'est pourquoi le cyclisme est déconseillé en cas d'affection prostatique», poursuit le Dr Leisinger. Mais les troubles urinaires n'ont pas fait l'objet de recherches spécifiques.

En revanche, les études ont démontré que tous les styles de pédalage ne présentaient pas les mêmes dangers pour les attributs virils. Mieux vaut copier Richard Virenque que Jan Ullrich: la position de la danseuse, debout sur le vélo, n'est pas dommageable. Par contre, l'irrigation sanguine du pénis diminuerait de façon significative chez plus de 70% des sujets lors du pédalage en position assise. Enfin, en position couchée, la compression du périnée peut être évitée – ou en tous les cas limitée – en fixant la selle plus haut que le guidon. Des tests ont été effectués avec différents types de selles. Surprise: celle qui préserve le mieux l'anatomie masculine s'avère être… un modèle réservé aux femmes, large, sans bout pointu et pas trop dur. L'étude comparative a démontré que l'oxygénation du périnée était quatre fois moins bonne avec une selle de compétition.

Publicité