«L'homme qui conduit son cabriolet d'une main dans les films, je trouve cela très séduisant. On retrouve la même attitude, la même désinvolture avec la poussette, c'est aussi une forme de séduction. C'est la mise en scène d'une certaine polyvalence, d'une efficacité.

» La poussette est devenue un objet technique qui met en scène une forme de maîtrise. Entre eux, les hommes se lancent des blagues («Tu as passé ton permis poussette?» etc.). Comme pour la voiture, il y a avec les dernières poussettes high-tech la volonté de montrer que l'on contrôle les dernières subtilités du frein ou du déblocage des roues. Les femmes qui travaillent se font d'ailleurs un point d'honneur de maîtriser tout cela aussi bien qu'un homme.

» Une femme ne conduit pas une poussette latéralement et d'un air dégagé. Pour se poser en bonne mère, une femme doit montrer qu'elle garde complètement le contact avec l'enfant qui est tourné vers elle. L'homme est plus détaché, il n'a pas porté l'enfant en lui.

» Il y a d'autres enjeux. Le père a le droit de jouer avec la poussette. Vous verrez rarement une mère pousser une poussette à la montée et attendre qu'elle redescende vers elle en rigolant. Le père fait rire l'enfant.

» Dans les magazines, les pages people nous montrent des stars masculines avec bébés et lunettes noires. Le stade du macho latin amoindri dans sa masculinité parce qu'il pilote un landau, je crois que c'est dépassé.»