Ils ont encore leurs propres parents – souvent à charge – qu’ils s’occupent déjà de leurs petits enfants. Et plutôt parfaitement, car ils ont été formés au nouveau concept de participation collaborative. En gros, ils aident beaucoup, commentent très peu, s’imposent encore moins. Et c’est juste, car la priorité doit être donnée aux liens entre l’enfant et ses propres parents.

Qui sont-ils, ces preux chevaliers de la modernité? Les nouveaux grands-parents qui, après avoir été des autorités toutes-puissantes et pas toujours éclairées, semblent être devenus des anges de patience et de bonne volonté.

Lire aussi:  Grands-parents, parents: l’alliance fait la force

C’est que, depuis une quinzaine d’années, ils sont coachés et plutôt sérieusement par des manuels comme le récent Lettres aux nouveaux grands-parents, cosigné par la psychologue Vittoria Cesari Lusso et le journaliste Simon Corthay. Entre l’annonce du bébé et la gestion des outils numériques, témoignages et conseils dressent la carte de ce qu’il faut faire, dire, penser et même sentir, dans ce rôle aussi gratifiant qu’exigeant.

Ravaler sa frustration

Bébé est né, c’est la joie. Oui, mais les jeunes parents ne souhaitent aucune visite à la clinique pour maintenir le cocon bien serré. Patience et compréhension, conseille Vittoria Cesari Lusso. Votre belle-fille vous bat froid et ne désire pas vous confier son bébé pourtant âgé de plusieurs mois? Là aussi, mieux vaut ravaler votre frustration et prodiguer encouragements et compliments à distance plutôt que contre-attaquer ou essayer de se justifier.

En général, assure la psychologue, à force de bienveillance désintéressée, les positions s’adoucissent. De toute façon, quand la justice est saisie, le verdict, qui veille toujours au bien de l’enfant, sépare très rarement le petit de ses parents.

Soutien solide aux parents

Dès lors, être grand-père et grand-mère en 2021, c’est connaître sur le bout des doigts sa nouvelle grammaire. Et de fait, comme en témoignent les expériences rassemblées dans l’ouvrage, les papis et mamies filous d’hier (les autorisations accordées en douce) ont disparu au profit de grands-parents pros de l’encadrement, soutenant solidement les parents.

Tout commence à l’annonce du bébé. Après la surprise et la joie, les futurs grands-parents doivent digérer cette mutation identitaire liée, pour la première fois, à un choix qui leur échappe. Jusque-là, en effet, ces quinquas ou sexas ont librement choisi leur métier, leur couple, leur famille, leur installation en ville et/ou à la campagne, etc. Cette fois, «surprise et questionnement sont au rendez-vous, car le changement est le fruit d’une décision que d’autres ont prise pour eux», observent finement les auteurs.

Consulter avant de décider

Le ton est donné. Désormais, il faudra souvent faire un pas en retrait et beaucoup accepter, s’adapter, écouter, encourager, complimenter, etc. Bien sûr, pour des raisons professionnelles ou personnelles, certains ne souhaitent pas du tout s’impliquer dans la vie leurs petits-enfants. C’est leur droit, rassurent les auteurs, puisque le Code civil Suisse ne charge que les parents de cette obligation.

Mais pour la grande majorité des grands-parents qui souhaitent s’engager, la ligne est tracée: exit la spontanéité, mieux vaut consulter avant de prendre des initiatives, mieux vaut écouter plutôt que pontifier.

Le plein de sérénité

Les préparatifs de la naissance, par exemple. C’est bien de descendre du grenier le berceau ancestral pour la nouvelle chambre de bébé, mais impossible de l’imposer aux parents sans les questionner avant. Tout achat – de poussette, de meuble et même d’habits – doit d’ailleurs être soumis à leur avis, sinon l’initiative risque d’être mal accueillie.

Pareil pour les inquiétudes liées à la grossesse. C’est normal d’avoir des angoisses pour sa fille ou belle-fille, mais «parlez-en avec votre conjoint, vos amies et amies, d’autres grands-parents ou des spécialistes. Jamais avec vos enfants! Ils ont besoin d’être encouragés et de faire le plein de sérénité et non de respirer vos anxiétés et vos angoisses», assure Vittoria Cesari Lusso.

La tradition versus le symbolique

Le prénom est, sans surprise, un terrain réservé lui aussi. Vous avez encore cédé à la tradition d’appeler votre premier fils du nom de votre père ou vos enfants du nom de leur parrain ou marraine? Tout cela est révolu et, même en second ou troisième prénom, ne suggérez aucune option. Destiné à construire un «nous» au sein du couple, le prénom répondra plus souvent à une chanson, un livre ou un film, bref à un symbole commun aux futurs parents, qu’à une trace inscrite dans le patrimoine familial.

Une fois que l’enfant est là, ce parti de la conciliation se renforce encore. Les bébés débarquent chez papi et mamie avec un matériel digne d’un déménagement et les consignes s’imposent dans un même élan. Cette grand-mère qui a cru bien faire en baignant sa petite-fille, vu la rentrée tardive de la mère, a révisé ses classiques en essuyant sa colère. Elle aurait mieux fait d’appeler, car sa fille a vécu comme une trahison le fait de ne pas pouvoir partager ce moment d’intimité avec son bébé…

Des «warriors» de la frustration

Les grands-parents sont donc soumis à bonne et rude école, depuis un certain temps maintenant. Et c’est parce qu’ils ont appris scrupuleusement leur leçon et surmonté leurs frustrations et autres déceptions avec abnégation qu’ils savent rester forts et aidants en cas de crise, comme l’actuelle pandémie.

Lire à ce sujet: Confinement, la révolte des aînés

Certes, admettent les auteurs, les papis et mamies ont été peinés de ne plus pouvoir embrasser leurs petits-enfants durant le confinement, mais beaucoup ont dépassé cette tristesse et se sont mis aux nouvelles technologies pour converser en live.

Certains ont même développé des trésors de créativité pour remplacer les moments de garde. L’ouvrage évoque comment un grand-père a filmé son épouse en train de lire une histoire et comment, avant le repas du soir, les petits-enfants ont visionné allègrement les fables de grand-maman. D’autres ont fait réviser des devoirs, répéter la musique et autre coaching par écrans interposés.

Ecoute et réconfort

Mais, surtout, ces nouveaux grands-parents, à qui on a enseigné les trésors de l’écoute, ont souvent magnifiquement accompagné leurs enfants et petits-enfants dans le marasme traversé depuis mars 2020. Elle est là, la grande vertu de ces grand-père et grand-mère nouvelle manière: puiser dans leurs expériences de résilience pour proposer un soutien sensible et articulé aux jeunes générations éprouvées. Qui a parlé de faiblesse du troisième et quatrième âge?