Saveurs du français

Pétocher, frissonner à l’actif

Dans le registre sémantique de la peur, notre frissonnante thématique de cette semaine, on repère peu de formulations à l’actif.

La peur est comme une maladie: elle s’attrape. On chope la peur, à l’image d’une grippe ou autre mal circulant. Comme si la peur ne pouvait seulement se transmettre, ou tout au moins, comme si elle devait s’implanter par force.

On a la frousse; on a les foies; on a le «trouillomètre» à zéro. A chaque fois, le verbe «avoir» décrit et enclenche la panique, puisqu’elle s’adjoint à sa victime: la peur n’est pas innée, ni sommeillante.

Face à ce registre de l’acquisition des frissons, «pétocher» a son originalité. On pétoche comme on marche. Le verbe dérive certes d’«avoir la pétoche», encore une vision de l’effroi par acquisition. Elle-même, cette «pétoche», aurait quelque lien avec le pet – on reviendra bientôt sur ce registre fructueux dans le domaine de la peur.

On peut pétocher, pour dire que l’on «a peur». Je pétoche. Le Grand Robert cite Jean Hougron, dans un roman de la pègre façon années 1950, qui faisait dire à son personnage principal: «… Je pétochais des pieds à la tête, je m’en coupais la respiration tout seul.»

On parie qu’il ne s’est pas étouffé, le pauvre. Le roman s’appelle La Gueule pleine de dents. Les dents, c’est-à-dire les chocottes.

Ce qui nous ramène à notre premier mot de la semaine sur la peur. L’épouvante a ses correspondances, tremblantes.