Nous sommes des animaux. Nous aimons le sang et nous valorisons la force physique. À cela, rien de nouveau. Il se trouve juste que, sous le vernis de la civilisation, cette réalité m’est apparue à deux reprises cette semaine.

La première fois, j’étais au tea-room. Derrière moi, trois vieilles dames commentaient la une d’un journal sur le ton de la rébellion: «Ah mais ça suffit! On veut nous mettre au pain sec et à l’eau, c’est un scandale!» C’était juste après que l’OMS a décidé de classer la viande rouge et la charcuterie parmi les substances cancérogènes. Or, on ne menace pas de retirer la viande de la bouche d’un carnivore sans courir le risque de se faire sauter à la gorge.

Je me suis (prudemment) retournée, pour constater que ces bonnes dames n’avaient pas l’air si féroces. Seulement, de tous les aliments que nous consommons, la viande rouge est, de loin, le plus chargé sur le plan symbolique. Elle évoque la puissance du chasseur qui, en dévorant la chair sanglante de sa proie, s’approprie aussi sa force. Elle renvoie à l’état de tribu, partageant autour du feu, et plus tard autour de la table en formica, le produit de cette fonction virile par excellence qu’est la chasse. Elle fait de nous des carnivores comme les lions, alors qu’en fait, nous sommes omnivores comme les cochons.

Dès lors, peu importe que la viande que nous consommons aujourd’hui soit issue de filières industrielles aux pratiques plus que discutables. Peu importe que cette industrialisation, et l’abondance qu’elle génère, soumette nos organismes à une potentielle surdose pathogène de protéines. S’en prendre à la viande rouge, ne serait-ce que pour recommander d’en consommer modérément, c’est menacer de castrer toute une société.

On ne prête qu'aux grands

Plus tard dans la semaine, le Wall Street Journal m’apprenait que la taille des candidats à l’élection présidentielle américaine était l’un des sujets les plus recherchés sur Google en ce moment. De là à croire que les positions de chacun sur l’immigration ou la politique étrangère intéressent moins les Américains que la stature physique de leur futur leader, il n’y a qu’un pas que je n’ose franchir (de crainte de perdre foi en l’humanité).

Ce qui est certain, c’est que la taille, tout comme l’apparence, a toujours eu son importance dans les élections américaines. Un chercheur texan en sciences politiques a montré que dans leur majorité, les présidents américains étaient plus grands que la moyenne de la population. Spécialement en temps de troubles ou de guerre, les électeurs auraient tendance à privilégier les candidats dotés des attributs de la puissance physique. Cela, me direz-vous, ne se vérifie pas dans tous les pays. En revanche, ce qui semble universel et démontré par les sciences sociales, c’est la corrélation positive entre la taille et le niveau de salaire. On ne prête qu’aux grands. Et c’est bien normal, après tout. Puisque l’on attend d’eux qu’ils nous ramènent des carcasses de mammouth.