Etre plus courageux. Voilà ce que certains membres réclamaient au sein de l'association Exit il y a plus d'une année, en demandant une assistance au suicide plus élargie. Ce courage-là, Exit Suisse alémanique l'a eu mercredi soir, en décidant de ne plus exclure les personnes psychiquement malades de l'aide au suicide. La décision a été mûrement réfléchie et c'est un rapport d'experts externes qui a fait pencher le comité directeur de l'association. En Suisse, l'aide au suicide n'est pas punissable pour autant que ses motifs ne sont pas «égoïstes» et que la personne qui désire en finir le fasse en toute conscience. L'association Exit Suisse alémanique accompagnera désormais vers la mort les malades psychiques qui le désirent, à condition que leur capacité de discernement soit intacte. Le rapport arrive en effet à la conclusion qu'il existe des personnes atteintes de maladies psychiques qui disposent encore de toute leur capacité de jugement. Par contre, elle n'acceptera pas d'accompagner ceux dont le désir de mourir fait clairement partie de leur maladie, soit la plupart des individus atteints de maladies psychiques, toujours selon le rapport. En cas de doute, on fera appel à un expert. Et en cas de doute de l'expert, Exit s'abstiendra.

En prenant cette décision, l'association alémanique lève ainsi – au moins partiellement – un moratoire qu'elle s'était elle-même imposé en 1999, suite à un verdict du Tribunal administratif zurichois condamnant un acte d'euthanasie sur une personne malade psychiquement. Avec l'assouplissement de ce moratoire, Exit estime avoir mis fin à la «discrimination intenable» des malades psychiques. Contactée hier soir, Dignitas, l'autre organisation d'aide au suicide en Suisse, déclarait ne jamais avoir exclu l'assistance au suicide à une personne malade psychiquement capable de discernement.

Il en va autrement en Suisse romande. Créées toutes deux en 1982, les associations Exit romande et alémanique sont indépendantes, et leurs voix sont parfois dissonantes. En Suisse occidentale, Exit s'en est toujours tenue aux demandes des malades physiques. «Nous n'élargirons pas pour l'instant l'assistance au suicide aux personnes psychiques», déclarait hier soir le président romand, Jérôme Sobel, prenant connaissance de la décision alémanique. D'abord, pour le médecin lausannois, il est urgent d'attendre le verdict de deux enquêtes pénales ouvertes à Zurich et à Bâle contre le psychiatre zurichois Peter Baumann, qui a aidé des malades psychiques à mourir par étouffement et sous l'effet de calmants. Le procureur zurichois doute que les patients désespérés aient décidé de mourir en toute conscience. Les affaires devraient être jugées en 2005. Ensuite, Jérôme Sobel estime que le nombre d'accompagnateurs de l'association romande – une dizaine – n'est pas suffisant pour élargir le champ des demandes: «Nous avons suivi et accompagné vers la mort 48 personnes en 2003. Un cas psychiatrique nous demanderait plus de temps.» Enfin, Jérôme Sobel pense que la responsabilité du psychiatre traitant doit être mieux définie. «En tant que médecin, je peux clairement évaluer l'état physique d'un patient. Mais je ne suis pas psychiatre. Si le psychiatre traitant peut établir que le malade ne guérira pas mais qu'il est par contre capable de discernement, alors il devrait s'impliquer dans l'assistance au suicide. Je pense qu'il devrait même être présent au moment de la mort.»

Sur le plan international, la position d'Exit Suisse alémanique est isolée. La Belgique légalise partiellement l'euthanasie depuis 2002, et la limite aux cas physiques. Seule la Hollande a légalisé l'euthanasie pour les malades physiques et psychiques. Mais les cas de suicides assistés pour des malades de l'âme sont très rares. Une étude de la fin des années 90 montrait que 9000 malades physiques demandaient une aide au suicide par année. Contre 300 malades psychiques. Sur ces 300 cas, seuls 4 suicides ont réellement abouti, avec l'assistance du psychiatre traitant. Les malades avaient dû boire eux-mêmes le médicament fatal.