Défi relevé

Philipp, le héraut du vélo auprès des ados

Depuis 2011, cet ex-coursier organise Défi Vélo, un concours destiné à remettre en selle les jeunes de 15 à 20 ans qui boudent le plus souvent la petite reine. Les résultats sont réjouissants

Quoi de plus beau que le vélo? On le sait, rien ne surpasse ce moyen de transport silencieux, rapide, écologique et bon pour la santé. Pourtant, les adolescents suisses n’en sont pas fans. Une étude montre que 50% des jeunes de 15 ans arrêtent de chevaucher leur bécane. Peur du trafic? Flemme? Transports en commun si excellents qu’ils dissuadent de suer? «Les raisons sont multiples», répond Philipp Schweizer, directeur de Label Vert, société qui monte des projets de sensibilisation à l’écologie.

Mandaté par la section lausannoise de Pro Vélo, cet ex-coursier a lancé en 2011 Défi Vélo, un concours annuel destiné aux gymnasiens ou apprentis pour les remettre en selle. Dès la première édition, 400 élèves lausannois ont embarqué. Depuis, douze cantons, romands et alémaniques, ont suivi. En tout, 25 000 ados sont devenus des pros du vélo. Rencontre avec un activiste de la pédale qui sait transmettre sa passion.

L’idée de Défi Vélo? Rendre le vélo aussi attachant qu’attractif. Dès lors, le concours se divise entre exercices pratiques et rencontres avec des mordus de la petite reine. En parallèle à des ateliers d’habileté et de mécanique, des coursiers, cyclo-voyageurs et autres passionnés racontent leur bonheur de rouler. «Il était vraiment important pour nous de donner un visage à cette pratique et de montrer le large éventail de ses possibilités», explique l’initiateur du projet.

Poème à vélo

Comme on l’imagine, la «compétition» qui se déroule par équipes reste ludique et décontractée. Dans les établissements scolaires inscrits, des moniteurs organisent des parcours à vélo qui comprennent des exercices de coordination, comme slalomer ou jouer au polo. Ensuite, les élèves sortent en ville et apprennent à prendre leur place dans le trafic. «Notre objectif est de leur faire découvrir le plaisir, la liberté et le sentiment de confiance», détaille Philipp Schweizer.

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Lors de ces qualifications, les moniteurs notent les prestations des classes et, en juin, une course d’orientation en ville départage les meilleures équipes. «Lors de cette finale inspirée des compétitions de coursiers, la vitesse n’est pas le seul critère, précise Philipp. Bien sûr, les jeunes doivent réussir un maximum de postes en 45 minutes, mais lorsqu’on sait que certains postes demandent de réaliser une chorégraphie à vélo ou un poème, on voit que la créativité et la stratégie prennent le dessus!» sourit l’initiateur.

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Philipp Schweizer est heureux. Sur les 25 000 participants qui ont relevé le Défi Vélo depuis 2011, 67% se sentent plus à l’aise dans le trafic et 60% se disent plus motivés à choisir ce moyen de transport désormais. Mieux: à la suite de cette expérience, quatre jeunes Afghans d’une classe de requérants d’asile ont décidé d’aller découvrir la Suisse à vélo. Mais l’ex-coursier pourrait être encore plus heureux. S’il était mieux doté par la Confédération et les fondations, Défi Vélo pourrait accueillir encore plus d’établissements – son budget de 600 000 francs le limite. Par ailleurs, le canton de Genève est un peu frileux. Seuls trois établissements scolaires, regroupant 600 ados, ont participé à ce concours l’an dernier.

La faute aux montées?

Sans doute que rouler à Genève est plus facile que rouler à Lausanne, rapport aux pistes cyclables et aux montées… «C’est vrai pour les pistes cyclables. Mais, étonnamment, la réticence des montées ne vient jamais aux lèvres des jeunes Lausannois pour justifier leur peu d’entrain pour le vélo. En général, c’est plutôt la peur, la leur ou celle des parents, qui les freine. D’ailleurs, quand on les emmène dans le trafic, on observe chez certains un net manque d’habitude.»

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Parfois, ce sont aussi les établissements scolaires qui pourraient être plus démonstratifs… «Parmi nos récompenses, nous avons imaginé un Prix infrastructure qui prévoit l’installation d’un abri à vélos dans l’enceinte de l’école. Ça a l’air d’un détail, mais la simple présence d’un tel parking peut inciter les élèves à prendre leur vélo pour venir étudier.» Rouler à vélo est si bon. On envie ces jeunes – et moins jeunes – qui peuvent encore découvrir ce frisson!

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