La question

Pourquoi philosopher avec les enfants?

Réponse de l’écrivain à succès Frédéric Lenoir, qui a fondé l’association SEVE (Savoir être et vivre ensemble)

Chaque dimanche à certaines périodes, «T», le magazine du «Temps» pose une question un peu fondamentale à un expert.

Partant du constat que l’école permet d’acquérir et d’accumuler des savoirs utiles, mais qui n’aident pas les enfants à vivre mieux, je me suis demandé quelles clés on pourrait leur donner. Une connaissance qualitative, à côté du savoir cumulatif, leur permettant de développer une boîte à outils.

Deux choses m’ont semblé fondamentales. La méditation, pour aider cette génération prise dans son mental, sans cesse connectée aux réseaux sociaux qui l’épuisent, la rendent nerveuse et l’empêchent de dormir, à se reconnecter au corps et à mieux gérer les émotions. Et la philosophie. De grands philosophes, comme Epicure, disaient qu’il n’y a pas d’âge pour apprendre à se connaître et être heureux en philosophant. Montaigne, de son côté, suggérait d’apprendre aux enfants à avoir des têtes bien faites, plutôt que bien pleines. Autrement dit, les aider à juger, à discerner ce qui est bon pour chacun, parce que ce qu’on peut transmettre comme valeur n’est pas forcément juste pour tous les êtres spirituels et incarnés.


Un enfant de 6 ans n’a pas la capacité conceptuelle et le vocabulaire pour suivre un cours de philo. Par contre, il peut trouver ses mots à lui pour parler de choses essentielles. L’idée n’est donc pas de leur transmettre un savoir, mais de les aider à développer et dire une pensée personnelle en confiance. Jamais dans leur famille ou à l’école on leur demande: «C’est quoi, une vie réussie pour toi? C’est quoi, le bonheur? Qu’est-ce qu’il y a après la mort?» Or ils ont des idées!


Les ateliers philo se font avec l’un des 3000 animateurs formés par notre association dans la francophonie. Ce dernier lance une question et distribue la parole selon les modalités d’un débat démocratique: écouter les autres, ne pas répéter ce qui a déjà été dit, par exemple. On y entend des choses extraordinaires. Les enfants redécouvrent de grandes pensées philosophiques à travers leur propre raison et leur propre expérience. Ils développent un esprit critique, une confiance en eux, une créativité personnelle, une capacité d’écoute et de débattre. L’ambiance des classes change complètement. Je suis convaincu que si tous les enfants du monde faisaient de la méditation et de la philo dès l’école primaire, le monde changerait en une génération.


Frédéric Lenoir, «Philosopher et méditer avec les enfants». Editions Albin Michel.


En vidéo: la philosophie chez les enfants venus au «Temps».

Un billet de blog: Petit historique de la philosophie pour enfants à Genève

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