Disons-le d'emblée: ce livre de photographies est un petit bijou, finement ciselé par une lumière venue d'ailleurs. Il est aussi un baume sur les blessures engendrées par la Déclaration Dominus Jesus, rendue publique le 5 septembre 2000 par le cardinal Joseph Ratzinger, et qui affirme notamment la supériorité du catholicisme sur toutes les autres confessions chrétiennes. Car cet ouvrage vise à montrer la communion profonde qui peut exister entre l'orthodoxie et le catholicisme au-delà des différences théologiques et historiques qui séparent les deux confessions.

En effet, moines et moniales semblent, contrairement à certains théologiens plus attachés à la lettre qu'à l'esprit, respirer à pleins poumons: dans la quête de Dieu qui leur est commune, le fait d'être catholique ou orthodoxe importe peu, somme toute. Ce qui compte pour ces chercheurs de lumière, c'est de s'ouvrir à la différence et de la dépasser dans l'amour. Ils ont trouvé en Bruno Rotival et Jacques Cousin deux photographes inspirés. Le premier a photographié les abbayes catholiques, le second les monastères orthodoxes. En tout, 25 lieux de prière.

«Avançant sur le même chemin, vers le même but, nous nous rapprochons nécessairement. Comment peut se faire l'unité de l'Eglise voulue par le Christ? Par l'amour. Il n'y a aucune autre voie. Il ne peut alors y avoir de place pour la méfiance; contemplant dans l'autre le reflet de la beauté de Dieu, je ne vois plus s'il est catholique ou orthodoxe», affirme le Père Syméon, higoumène du monastère orthodoxe Saint-Silouane dans le dialogue qui ouvre le livre et qui suit une préface signée par Nicolas Lossky, professeur à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge à Paris. Dom Silouane, moine bénédictin du monastère de Saint-Wandrille et ami de longue date du Père Syméon, ne pense pas autrement, lui qui a pris le nom d'un célèbre père spirituel orthodoxe. Il dit avoir un besoin vital du «contact existentiel avec l'orthodoxie», afin de «vivre l'expérience chrétienne dans toute sa plénitude».

A regarder les photographies, on peut se demander ce qui sépare effectivement les deux confessions. La plupart des images présentent les moines et moniales orthodoxes et catholiques dans une même situation: à gauche, un père bénédictin peignant une icône. A droite, des sœurs orthodoxes restaurant une icône ancienne. Plus loin, à gauche, une sœur orthodoxe en prière sur un tabouret, à droite, un père cistercien en oraison dans une chapelle. Partout, les attitudes sont identiques. C'est une même concentration, une même humilité, un même amour, une même quête qui se lisent sur ces visages marqués par de longues heures de prière.

«J'avoue me sentir de plus en plus en porte-à-faux par rapport à ce genre de chose que l'on qualifie néanmoins d'œcuménisme, confie Dom Silouane dans le dialogue d'ouverture. Le terme recouvre aujourd'hui un ensemble de réalités dans lesquelles je suis parfois loin de me reconnaître. Il faut du dialogue théologique, il faut que les gens dialoguent entre eux de manière à aboutir à une expression commune de la foi, c'est indispensable. Mais, grâce à Dieu, il y a autre chose qui m'emporte malgré moi, qui me «déborde», et qui n'est pas de cet ordre-là.» Quelque chose qui est de l'ordre du vécu, qui n'est pas encore la pleine communion, mais qui y ressemble…

Chercheurs de Lumière, Photographies Bruno Rotival et Jacques Cousin, Dialogue Père Syméon et Dom Silouane, Eikon, 71260 Saint-Maurice de Satonnay, diffusé par les éditions du Cerf, 94 p.