La paix au Moyen-Orient, par les sciences. C'était l'idée de la réunion qui s'est tenue, les 15 et 16 juin derniers, au siège de l'Unesco à Paris. Une soixantaine d'experts y ont discuté de la manière de transporter un encombrant, mais ô combien précieux appareil scientifique: un synchrotron de 60 mètres, cadeau de l'Allemagne aux scientifiques de la région. Baptisé Bessy-1, ce gigantesque instrument, actuellement à Berlin, produit les rayons X et ultraviolets indispensables aux physiciens, chimistes ou biologistes qui veulent arracher ses secrets à la matière. Après quatorze ans de loyaux services, Bessy-1 est destiné a être démantelé à la fin de l'année. Prévoyant sa fin prochaine, l'Allemagne a déboursé quelque 60 millions de dollars pour le remplacer par un nouvel appareil, Bessy-2, déjà en activité.

Il y a cinq ans, Herman Winick (USA) et Adolf Wos (Allemagne), tous deux membres du Comité d'administration de Bessy-2 discutent de l'avenir du synchrotron à démanteler. Herman Winick suggère d'en faire don aux pays du Moyen-Orient. Grâce aux efforts des physiciens du réseau Middle East Scientific Collaboration (MESC), une association de chercheurs s'occupant de collaboration scientifique, le projet est lancé. L'Allemagne accepte de faire don de Bessy-1 aux pays de la région à condition qu'ils en assurent ensemble le fonctionnement et aient équitablement accès à l'appareil. Une première au Moyen-Orient.

C'est l'Unesco qui assure le suivi du projet. Israéliens, Palestiniens, Jordaniens, Egyptiens, Marocains, Grecs, Turcs, Chypriotes et Iraniens se sont donc réunis en présence de son directeur général, Federico Mayor. «Tout le monde était très enthousiaste. Les Israéliens ont joué le jeu, alors qu'ils disposent déjà d'une vingtaine d'équipes travaillant dans ce domaine en Europe et aux Etats-Unis. Quant aux Palestiniens, ils étaient réellement motivés», raconte Pierre Marin, chercheur émérite au CNRS français.

Peut-on déplacer une telle quantité d'instruments de précision? «Globalement nous maîtrisons la technique. Nous voulons aussi augmenter les capacités de Bessy-1 en poussant sa taille à 100 mètres: il ne s'agit pas de fournir à nos collègues un outil obsolète. Si ce synchrotron est surtout destiné à former des chercheurs, il pourra être utilisé pour la recherche biologique», explique François Wuilleumier, directeur de recherche au CNRS du Laboratoire de spectrométrie atomique et ionique d'Orsay. «En réalité, c'est surtout un problème financier et politique: il faut payer la formation des scientifiques, construire des bâtiments, s'assurer des frais de fonctionnement et des salaires. Bref, il s'agit de trouver un peu moins de 100 millions de dollars sur dix ans.» Comme les ressources, sur place, sont limitées, les participants comptent sur l'aide des Etats-Unis, de l'Union européenne et des pays producteurs de pétrole. Les Etats souhaitant prendre part au projet ont jusqu'au 31 juillet pour une réponse.

Quant au site, son choix est hautement politique: l'Egypte, la Turquie, l'Iran, Chypre et l'Autorité palestinienne ont déjà annoncé leur candidature. «Si l'on devait tenir compte des infrastructures ou des équipes scientifiques, il faudrait sans doute trancher entre la Turquie et l'Egypte. Mais compte tenu des enjeux politiques, cela sera sans doute la Palestine ou la Jordanie qui l'emporteront, estime François Wuilleumier. Le but étant quand même que Palestiniens et Israéliens, travaillent enfin, main dans la main!»