C'est la fin du mystère de l'homme au piano. «Piano man», comme les médias britanniques l'ont surnommé, a finalement brisé le long silence dans lequel il s'était enfermé. Après quatre mois passés dans un hôpital du Kent, l'homme a révélé qu'il était Allemand et a été autorisé à rentrer chez lui.

L'histoire remonte au mois d'avril. Un mystérieux jeune homme blond, très pâle, les joues creuses et les traits tirés, erre dans les rues du village portuaire de Sheerness, dans le sud de l'Angleterre. Il porte un costume détrempé. La police le recueille, mais face à son mutisme total, elle le transfère dans un établissement psychiatrique.

Dans l'espoir qu'il écrive son nom, le personnel hospitalier lui donne un crayon et une feuille. L'homme dessine alors un immense piano à queue, très détaillé, démontrant sa connaissance profonde de l'instrument. Pour le tester, le personnel l'emmène dans la chapelle de l'établissement de soins, où se trouve un piano. Pendant près de quatre heures, le patient se lance dans un véritable récital de musique classique. Michael Camp, la personne qui s'occupe de son cas, racontait à la BBC en mai: «C'est extraordinaire. La première fois que nous l'avons emmené au piano, il a joué pendant plusieurs heures, non-stop.» Son talent est évident. Quand il ne joue pas, il compose. «Il revient à la vie», explique Michael Camp. La photo mélancolique de l'homme, avec le soleil qui brille dans ses cheveux, les yeux perdus, les épaules rentrées, ajoute au romantisme qui entoure son cas.

Immédiatement, la presse britannique bruisse de toutes les théories. «Piano man» serait un musicien qui a connu une grave dépression. Certains l'identifient comme étant un musicien tchèque, Tomas Strnad… jusqu'à ce que ce dernier donne une interview à la télévision tchèque pour démentir. La télévision italienne diffuse des images d'un pianiste lui ressemblant. Là encore, c'est une fausse piste. L'hôpital fait le tour des orchestres d'Europe à la recherche d'un pianiste manquant. Un appel public est lancé, provoquant plus d'un millier de réponses à travers le monde. Des recherches sont faites autour de 200 noms. En vain.

En juillet, nouveau rebondissement: «Piano man» pointe du doigt la Norvège sur une carte du monde. La théorie semble plausible. Un navire norvégien était près de l'endroit où il a été trouvé. Ses cheveux blonds et son teint pâle semblent confirmer sa provenance. Mais là encore, la piste s'avère infructueuse. Début août, l'hôpital perd espoir.

Le déclic est finalement venu de «Piano man» lui-même. «Une infirmière est allée dans sa chambre vendredi dernier et lui a dit: «Allez-vous nous parler aujourd'hui?» Il a simplement répondu: «Je crois que oui», a expliqué une source anonyme de l'hôpital. «Il affirme que lorsqu'il a été trouvé par la police, il essayait de se suicider. Il était de toute évidence dans la détresse et n'a pas parlé à la police. Tout est parti de là», a indiqué la même source. L'homme avait perdu son emploi en France et s'était rendu en Grande-Bretagne via l'Eurostar.

Pour autant, le mystère reste épais. L'hôpital refuse de dévoiler son nom. L'ambassade d'Allemagne confirme simplement qu'il s'agit d'un Allemand de Bavière, âgé de 20 ans. «Il nous a parlé de sa famille en Allemagne. Son père possède une ferme et il a deux sœurs. Il a aussi dit qu'il était homosexuel», affirme la même source.

Plus surprenant, le Daily Mirror affirme que l'homme ne sait pas jouer du piano. Selon le tabloïd, l'homme ne faisait que répéter la même note. Il aurait autrefois travaillé avec des handicapés mentaux et il aurait repris leurs caractéristiques pour tromper l'hôpital. Cette version paraît abracadabrante. On voit mal pourquoi l'hôpital public aurait menti sur ses capacités musicales et interpellé le monde entier. Le mystère de «Piano man» demeure – presque – entier.