En une poignée de minutes, le dortoir de l'école secondaire de Kyanguli, au Kenya, s'est transformé en piège infernal. Porte cadenassée, fenêtres aux épais barreaux: tout l'attirail destiné à protéger les élèves de cette école mixte s'est retourné contre eux, transformant l'école en prison de feu lorsque, vers une heure et demie du matin, la travée centrale du dortoir s'est embrasée.

Daniel Mulwa, réveillé par «les morsures du feu», a profité d'une brèche dans les tôles ondulées du toit pour se hisser jusqu'à l'air libre, sauvant sa vie malgré ses mains brûlées. Il a ensuite tenté de briser les barreaux d'une fenêtre par laquelle une trentaine des 130 élèves du dortoir ont pu s'échapper. Une soixantaine d'entre eux, des garçons de 15 à 18 ans, n'ont pas eu cette chance. Au matin, dans les décombres encore fumants, les amas de corps noircis, saisis dans les positions du sommeil ou agglutinés près d'une porte close, étaient difficilement identifiables.

Hébétés, des survivants erraient dans l'école, hésitant à raconter l'horreur des heures passées. Tous les témoignages semblent orienter l'enquête vers une piste criminelle. «La manière dont le feu s'est propagé par le sol prouve la présence d'un liquide inflammable», affirme prudemment un enquêteur. L'incendie du dortoir a de toute évidence été organisé avec soin. La veille, des élèves avaient senti une odeur de pétrole près de leur chambre, sans parvenir à en identifier la source. Puis, dans la nuit de dimanche à lundi, un des pensionnaires a constaté la présence d'un «liquide» sur le sol et il est sorti pour donner l'alerte. A son retour, le bâtiment était en feu, et la porte qu'il venait d'emprunter avait été fermée par un cadenas. «C'était atroce. A l'intérieur, tout le monde hurlait, et nous n'avions rien pour éteindre le feu. Au bout d'une demi-heure, les cris ont cessé. C'était terminé», témoigne-t-il. Il est actuellement entendu par la police.

Climat de méfiance

Dans la matinée du lundi 26 mars, les langues commençaient à se délier. Le climat y était explosif depuis plusieurs semaines. Il y a un mois, l'annulation par le chef de l'établissement des résultats d'examens entachés de tricherie avait déclenché une fronde parmi les élèves, appuyés par leurs parents. Les jours précédents, des affiches anonymes punaisées dans l'établissement demandaient le départ du directeur. La discipline s'était alors renforcée. L'enquête dira si cela suffit pour expliquer ce crime abominable.