Contraception

La pilule? Non, merci, je tiens à ma vie!

Dans «Marre de souffrir pour ma contraception», Sabrina Debusquat condamne les contraceptifs hormonaux et imagine des solutions sans chimie, pour les hommes comme pour les femmes

Le sujet est délicat. Et, d’ailleurs, il a déjà explosé dans les mains de Sabrina Debusquat, l’an dernier. Dans J’arrête la pilule, son premier ouvrage, la journaliste fustigeait le fait que la charge contraceptive soit assumée à 90% par les femmes et, dans le cas d’une contraception hormonale, entraîne des effets secondaires qui peuvent aller jusqu’à «la paralysie et la mort». «En 1960, c’est la première fois que nous donnons des médicaments à des millions d’êtres humains qui ne sont pas malades», observe l’auteure de Marre de souffrir pour ma contraception, sa deuxième salve, qui persiste et signe.

L’analyse ne manque pas de pertinence. L’ennui, c’est que la pilule est un symbole fort de la lutte féministe et la solution qui a, de fait, permis à plusieurs générations de femmes de disposer de leur sexualité. Et alors, rétorque la jeune femme. En quoi faire comprendre aux hommes qu’ils ont une responsabilité partagée vis-à-vis des grossesses irait contre la parité? Préservatif, slip chauffant, anneau testiculaire ou vasectomie, les contraceptifs masculins ne manquent pas. Ce qui manque, dénonce Sabrina Debusquat, c’est la volonté politique et économique de populariser ces méthodes. La militante s’en charge dans un manifeste vigoureux.

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Migraines, fatigue, dépression. Mais aussi AVC. Sans oublier le cancer, lié aux «pilules œstroprogestatives, classées comme cancérogènes par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer) pour les seins, le foie, le col de l’utérus et les voies biliaires». A plusieurs reprises, l’auteure liste les effets secondaires indésirables ou risques encourus avec la pilule et l’inventaire ne fait pas plaisir. A propos de plaisir, justement, la journaliste établit qu’«entre 20 et 40% des femmes souffriraient de troubles du désir sous contraception hormonale». «On a beau dire qu’une libido à zéro, c’est un effet secondaire bénin, quand ça mène un couple au divorce, c’est loin d’être bénin», témoigne Nadia, dans l'ouvrage. Marion détaille: «Je ne ressentais aucun plaisir, car la pénétration faisait trop mal à cause d’une sécheresse vaginale. J’ai cru que c’était moi le problème. A 29 ans, je découvre enfin les joies de la sexualité avec mon partenaire, je ne reviendrai jamais en arrière!» Nathalie conclut: «On me l’a donnée à 15 ans et au fil des années elle a étouffé ma libido et ma sexualité. Alors pour «la libération sexuelle», on repassera.»

Plus un droit, mais un devoir

C’est peut-être cet aspect qui révolte le plus la journaliste. Que la pilule ne soit plus un droit, mais un devoir. Et un devoir qui repose sur les seules épaules des femmes. «Ce qui m’a le plus marquée lorsque j’ai arrêté la pilule, raconte Myriam, c’est l’incompréhension générale. Celle des hommes, qui n’envisagent pas un instant que ce soit eux qui prennent un moyen contraceptif. Et celle des médecins qui considèrent mon choix comme un «caprice» de jeune n’ayant aucune conscience du chemin qu’il a fallu aux femmes pour en arriver là…» Conseil souriant de l’auteure: «Que les hommes réticents devant l’inconfort du préservatif testent donc «l’inconfort» des hormones ou la pose d’un stérilet!»

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De manière plus grave, Sabrina Debusquat pointe le peu d’implication des politiques de la santé dans les scénarios d’abandon de la pilule et l’intérêt de l’industrie pharmaceutique pour son maintien. «Actuellement, seules les contraceptions médicalisées et qui rapportent de l’argent aux industriels sont largement promues et encouragées.» Or, assène-t-elle, «en comptabilisant uniquement les cancers du sein et les accidents thromboemboliques liés à la contraception hormonale, près de neuf femmes en France subiraient chaque jour un grave problème de santé et sept en décéderaient chaque mois. Il est intolérable qu’à l’heure où la recherche nous permet d’explorer l’univers, des femmes meurent encore d’aimer.»

Oui à la vasectomie!

D’autant que des solutions alternatives existent. Brisant un tabou, la journaliste regrette que la stérilisation et la vasectomie soient si stigmatisées dans nos contrées alors qu’au Canada un homme sur cinq adopte la vasectomie, qui permet de rétablir la solidarité homme/femme dans la contraception. En France, 4% des femmes et seulement 0,3% des hommes recourent à cette option que les médecins, «très paternalistes, refusent souvent d’accomplir». Pas de statistiques en Suisse, mais on estime à quelques centaines, seulement, le nombre d’hommes qui se soumettent à cette opération bénigne, peu coûteuse (entre 500 et 1000 francs), et réversible si nécessaire.

De fait, il existe aussi des moyens moins permanents. Les femmes qui abandonnent la pilule se reportent souvent sur la pose d’un DIU (dispositif intra-utérin), plutôt sans hormones puisqu’elles ont choisi de quitter la chimie. Mais elles pratiquent aussi les méthodes barrières (préservatif féminin, diaphragme, cape cervicale) couplées ou non aux méthodes modernes d’observation du cycle comme la symptothermie. Clin d’œil historique: en guise de toute première contraception, en 1825 avant notre ère, les Egyptiens mélangeaient des excréments de crocodile et du lait caillé, qu’ils appliquaient sur le col de l’utérus.

Slip chauffant, quid?

Et du côté des hommes? Là, à part le préservatif masculin, star du domaine, on pénètre dans un univers nettement moins familier. La chaleur est l’ennemie du spermatozoïde. Les méthodes contraceptives consistent donc à chauffer les testicules pour arrêter la production de leurs occupants frétillants. D’où le slip chauffant, joliment appelé «boulocho». «Ce n’est pas un slip électriquement chauffé, explique la spécialiste, mais un slip classique qui présente un trou à l’avant dans lequel on glisse la verge et les testicules en position remontée, de sorte que les testicules entrent dans leur canal inguinal et augmentent leur température de deux degrés. Portée au moins quinze heures par jour, cette contraception sans aucun effet indésirable atteint une efficacité élevée.»

Comme, à ce jour, en France, un seul médecin fournit le slip miracle et assure le suivi, des associations proposent des ateliers et des tutoriels en ligne pour apprendre à le fabriquer et à l’utiliser. Idem avec l’anneau testiculaire, qui propose un principe identique: remonter les testicules. Il existe aussi une contraception hormonale masculine. Injecter de l’énanthate de testostérone chaque semaine, ce qui aboutit à une diminution de la production de spermatozoïdes, mais l’idée étant de ne pas polluer les corps masculins comme les corps féminins l’ont été durant soixante ans, on préférera les solutions sans chimie, sourit Sabrina Debusquat. Magnanimes, les frangines.


Marre de souffrir pour ma contraception, Sabrina Debusquat, Les liens qui libèrent, 2019.

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