Ça va jaser! Cette collègue de bureau à la pause-café, ou ce complice de soirées arrosées promettent une histoire croustillante. Un potin pas piqué des vers. Dans cette semaine vouée aux expressions, ce «pas piqué des vers» méritait que l’on s’y attarde. La tournure a pour elle d’exprimer une appréciation abstraite – le ragot, le phénomène, l’œuvre évoqués sont dignes d’intérêt – au moyen d’un retour à la terre, et à ses entrailles immédiates, les vers. Le ver ronge, attaque, détruit. Lorsque nous disons que le ver est dans le fruit, le sous-entendu est définitif: à coup sûr, le lombric laborieux achèvera la pomme pleine de vie.

Dans La Puce à l’oreille (Le Livre de poche), Claude Duneton livre une note complète sur la genèse de l’expression. Etre «piqué de vers» illustrait l’état piteux d’un habit rongé par les mites, ou d’un bois affligé par ses vermoulures. La malice de la langue a consisté à inverser la formule. On découvre que dans sa première vie, «pas piqué des vers» traitait d’humains. En particulier – mais là, est-ce une surprise? – de fraîches jeunes femmes. Telle nymphe était jugée pas piquée des vers. La belle, sans doute, aura apprécié le compliment. L’expression s’est ensuite «dématérialisée», dit Claude Duneton. Elle a même généré une spin-off, une dérivée: «pas piqué des hannetons». Ça tombe bien, nous consacrerons bientôt une semaine au fourmillement linguistique des insectes. Pas piquée des vers, espère-t-on.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.