La semaine dernière (voir LT du 12 août), l'Agence fédérale américaine de l'aviation civile ordonnait le remplacement des matériaux isolants en Mylar dans plusieurs types d'avions McDonnell-Douglas, dont le MD-11. La mesure, qui doit prendre effet dans les quatre ans à venir, suivait les recommandations du Bureau canadien de la sécurité des transports, chargé de l'enquête sur la catastrophe de Halifax.

Mardi, l'agence canadienne de presse CP révélait que trois familles de victimes avaient déposé plainte en Californie contre le producteur du Mylar, le géant américain de la chimie Du Pont de Nemours. Elles reprochent à Du Pont de ne pas avoir retiré le Mylar du marché alors qu'on savait que le matériau n'était plus assez sûr pour les avions, notamment en cas d'incendie. Du Pont s'ajoute ainsi à la liste des sociétés – Swissair, SAirGroup, SRTechnics, Boeing/McDonnell-Douglas et le producteur de systèmes de divertissement IFT – attaquées en justice par les proches des 229 personnes décédées dans le crash de septembre 1998.

Le 11 août dernier, le Bureau canadien de la sécurité des transports a publié un communiqué sur des «anomalies» décelées lors de l'enquête sur le vol SR 111. Les experts canadiens rappellent que «dans le monde de l'aviation, les matelas d'isolation thermique et acoustique sont utilisés pour protéger l'intérieur des aéronefs contre les variations de température, le bruit et l'humidité. Leur usage est très répandu dans l'industrie. Des matériaux d'enveloppes de matelas fréquemment utilisés à l'heure actuelle sont le fluorure de polyvinyle (PVF) métallisé, connu sous le nom de Tedlar, et le polyéthylène téréphtalate (PET) métallisé ou non, connu sous le nom de Mylar. Le MD-11 du vol SR 111 était principalement équipé de PET métallisé.» Les enquêteurs précisent que «la source d'inflammation n'a pas encore été déterminée, mais, à cause de certains indices, il y a lieu de croire que le matériau des matelas d'isolation thermique et acoustique a alimenté l'incendie de façon importante. On a trouvé dans l'épave des restes brûlés qui avaient été éteints par l'eau de mer.» Les Canadiens notent que l'utilisation du Mylar dans les avions «fait courir des risques inutilement». Dès lors, des mesures doivent être prises «de toute urgence» en vue de «réduire ou d'éliminer» ce risque.