L'eau a désormais son «Etat du monde». Rendu public aujourd'hui à Tokyo (Japon), le «rapport mondial sur la mise en valeur des ressources en eau» offre l'inventaire le plus détaillé et le plus complet des problèmes rencontrés sur tous les continents pour avoir accès aux précieuses ressources aquatiques. A deux semaines de l'ouverture du Forum mondial de l'eau qui se tiendra à Kyoto, l'ancienne capitale impériale japonaise, du 16 au 23 mars, cette étude exhaustive et inédite est le résultat d'un travail commun de toutes les agences onusiennes, sous la coordination de l'Unesco.

Ses conclusions sont alarmantes. Selon le rapport, sept milliards de personnes dans 60 pays pourraient être confrontées à une pénurie d'eau vers 2050 (sur une population totale envisagée de 9,3 milliards d'individus), ce qui engendrera de nouveaux conflits, et d'inévitables catastrophes sanitaires d'une ampleur inégalée. Le tout, sur fond de dérèglement climatique accru: 20% de l'augmentation de cette pénurie problématique proviendra, selon les experts de l'ONU, des changements du climat qui, grosso modo, vont accroître les inégalités: les zones humides étant promises à des pluies de plus en plus abondantes avec leur lot de tragédies (inondations, glissements de terrain, épidémies…) tandis que les régions sujettes à la sécheresse verront leurs ressources aquatiques diminuer comme une peau de chagrin sous l'effet conjoint du réchauffement et de la pollution.

La «crise de l'eau» que dénonce le rapport sera débattue en long et en large à Kyoto où se réuniront, à l'initiative du gouvernement japonais, plusieurs milliers de délégués venus des quatre coins du monde. Le mérite de l'étude des Nations unies est toutefois de cadrer le propos. Deux classements sont particulièrement éloquents. Le premier classe plus de 180 pays selon leurs ressources renouvelables en eau disponibles par individu. On y apprend que les pays les plus pauvres en eau sont le Koweït (avec un coefficient de disponibilité en eau par habitant et par an de 10 m3), la bande de Gaza, les Émirats arabes unis, les Bahamas, le Qatar et les Maldives alors que les territoires les plus «riches» sont la Guyane française (812 121 m3 par an et par individu), l'Islande ou le Congo. Le deuxième baromètre du rapport classe 122 pays selon la qualité de l'eau disponible et leur capacité à l'améliorer ou non. La Belgique est la plus mal classée en raison des faibles quantités d'eau de son sous-sol et d'une importante pollution industrielle. Suivent le Maroc, l'Inde, la Jordanie, le Soudan, le Niger, le Burkina Faso et le Burundi. Les pays les mieux lotis sont la Finlande, le Canada, la Nouvelle Zélande, le Royaume-Uni et le Japon.

Le constat général dressé par cette étude n'étonnera pas: plus les pays sont pauvres, plus leur accès à l'eau est problématique. La pauvreté entraîne une extrême vulnérabilité à tous les fléaux: aléas climatiques, pollution, déperdition, etc. Plus de 2,2 millions de personnes meurent ainsi chaque année de maladies dues à l'eau contaminée et à un mauvais système sanitaire, et plus d'un million de personnes succombent à la malaria. L'eau, enjeu politique s'il en est dans des régions déchirées comme le Proche-Orient, est aussi une cause directe de conflits armés. Le rapport parrainé par l'Unesco dénombre 507 événements conflictuels liés à l'eau ces cinquante dernières années. Vingt et un ont débouché sur des guerres ou affrontements dont 18 entre Israël et ses voisins. Un facteur de crise inextricablement lié à la géographie: 145 nations ont des territoires sur des bassins hydrographiques partagés. En Afrique et au Moyen-Orient, ces ressources «communes» représentent plus de la moitié du total des ressources disponibles.