Eros & Controverse

Plus de partenaires sexuels: pour quoi faire?

Alors que les études sur la sexualité se multiplient, des scientifiques proposent une approche sociologique liée au nombre de partenaires sexuels. Ce chiffre n’a pourtant aucune valeur en soi, souligne notre chroniqueuse Maïa Mazaurette

Parce que la sexualité fait partie de nos vies mais qu'elle reste pourtant taboue, «Le Temps» inaugure un nouveau rendez-vous: deux fois par mois, la chroniqueuse et journaliste Maïa Mazaurette donnera son point de vue sur un sujet d'actualité 

A mesure que la sexualité se mue en objet d’étude, les chiffres s’accumulent – une science dure, qui ne laisse personne de marbre. Ces chiffres nous rassurent, nous inquiètent, nous amusent. Certains établissent la norme, d’autres les contours du «bon sexe». Les barèmes sont multiples: satisfaction ou performance? Largeur ou longueur? Orgasme ou jouissance?

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Parmi ces différents ordres de mesure, le nombre de partenaires sexuels nous fascine particulièrement. Et ça tombe bien: une étude publiée le 9 mars dans le British Medical Journal vient de décortiquer le profil des «grands coucheurs» (étude réalisée sur 3054 hommes et 3867 femmes britanniques âgés de plus de 50 ans).

On y apprend que 30% des hommes ont eu 0 ou 1 partenaire dans leur vie, 30% entre 2 et 4 partenaires, 20% entre 5 et 9, 20% plus de 10. Pour les femmes, les chiffres sont respectivement de 38,5% (pour les grandes monogames), 37% (pour les monogames modérées), 16% (pour les curieuses) et 8,5% (pour les plus aventureuses).

L’influence de l’activité sportive

Quels sont les facteurs qui impactent le nombre de partenaires sexuels? Notons tout d’abord un effet générationnel: le groupe des plus de 50 ans (entre baby-boomers, génération silencieuse et génération X) est très hétérogène dans son rapport au sexe et, sans surprise, les plus jeunes, les bien portants, les homosexuels et bisexuels sont les plus entreprenants. Les petites indulgences jouent également leur rôle de lubrifiant social: ainsi les fumeurs et ex-fumeurs, les buveurs occasionnels ou réguliers rapportent statistiquement plus d’aventures.

Pour les femmes spécifiquement, remarquons l’influence – corrélée par d’autres études – de l’activité sportive. Cette dernière permet en effet une bonne connexion à ses envies physiques (à condition de zapper les ultra-marathons), génère des rencontres et donne confiance en son corps.

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Plus surprenant: le fait d’être Blanche augmente le nombre de partenaires sexuels. Selon les auteurs de l’étude, ce résultat doit être considéré en rapport avec des normes culturelles et/ou religieuses qui pèsent plus lourdement sur la sexualité féminine. Attention cependant aux différentes formes que prend le sexisme: même chez les progressistes autoproclamés, le palmarès sexuel n’a pas la même signification pour les hommes (qui peuvent se vanter de leur «tableau de chasse») que pour les femmes (volontiers accusées de se «donner» au tout-venant).

On peut en outre contester la corrélation un peu rapide que nous établissons entre nombre de partenaires et expérience. Bien sûr, en nous confrontant à des corps pluriels, nous nous confrontons aussi à des anatomies, des préférences, des compétences différentes… sauf si nous en profitons pour reproduire indéfiniment la même routine, en changeant de corps pour éviter de changer de pratiques. On peut en effet accumuler les amants pour ne prendre, paradoxalement, aucun risque.

Le nombre de partenaires sexuels n’a aucune valeur en soi: il peut témoigner d’une grande expérience ou, au contraire, d’une vision restrictive de la sexualité. Il peut exprimer notre curiosité ou notre incapacité à nous attacher. Un peu de mesure dans ce monde de chiffres bruts: sans mots, les grands nombres se font tout petits. Sans mots, ils ne veulent rien dire.

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