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Certains patients arrivent davantage à créer des images qu’à mettre des mots sur ce qu’ils ressentent.
© Rawpixel.com/Pexels.com

Art-thérapie

«Le poids en moi diminue au fur et à mesure que le pot de peinture se vide»

Peindre, danser ou jouer pour mieux se porter, c’est possible. Les art-thérapeutes sont aujourd’hui environ 160 en Suisse romande. Le patient se tourne vers l’un ou l’autre des disciplines en fonction de son ressenti et de ses besoins

Pendant une demi-heure, au milieu d’une salle, on travaille en silence, à côté d’une étagère remplie de matériel. Un cours de dessin? Non, une séance d’art-thérapie. «Découpage, crayon gris, peinture: les patients sont d’abord obligés de faire un choix», explique Marine Métraux, présidente de l’Association professionnelle suisse des art-thérapeutes. La discipline vient du monde anglo-saxon: «Dans les années 1950, on l’utilisait aux Etats-Unis et en Angleterre, avec des soldats. On avait compris que créer pouvait aider.»

Des œuvres jamais exposées

Céramiste à l’origine, Marine Métraux se sert des arts plastiques pour aider ses patients. Après une discussion en début de séance, c’est le moment de créer, sans directives ou sur une thématique qui fait écho à un besoin. «L’art-thérapeute reste à l’écart et observe. Quelque chose se passe, c’est un peu magique.» Suit un échange autour de l’œuvre réalisée: «On s’appuie sur ce qui a été fait, mais ce n’est pas de l’interprétation. On encourage la personne à parler de son ressenti.» Le résultat ne sera pas jugé, ni exposé. C’est le processus de création qui compte.

Qui sont les patients des art-thérapeutes? Marine Métraux mentionne des personnes en burn-out, en dépression, ou encore souffrant d’Alzheimer. Les profils sont divers. Parmi eux, Sophie *, Vaudoise de 22 ans, étudiante en décoration. Depuis ses 16 ans, elle pratique l’art-thérapie. «J’avais été victime de rejet de la part des autres, j’étais très isolée, et je gardais tout ça pour moi.» La jeune femme a aussi un grand intérêt pour l’art depuis qu’elle est toute petite: «C’était une évidence pour moi de me tourner vers cette discipline pour m’exprimer et me sentir mieux.»

Du soin à la profession

«C’était comme si le poids que j’avais en moi diminuait au fur et à mesure que le pot de peinture se vidait.» Sophie se retrouve ainsi dans ce concept: «J’arrive davantage à créer des images qu’à mettre des mots sur ce que je ressens. Et on est libre de créer ce qu’on veut, il n’y a rien de faux tant que ça vient de soi.» La jeune femme se sent donc valorisée et détendue ensuite, «comme après le sport». Les séances n’ont fait que confirmer sa passion pour l’art, jusqu’à l’amener à en faire son métier aujourd’hui, à travers la décoration.

Mais l’art-thérapie, ce n’est pas que du dessin ou de la peinture. Il y a quatre autres spécialisations: la thérapie par la danse, la musique, la parole et le drame et, enfin, intermédiale, qui combine plusieurs de ces thérapies à la fois.

Et la dramathérapie?

«Au début de la séance, on demande au patient de raconter ce qui l’amène, en utilisant notamment de petits objets, comme une maison ou un Playmobil.» Anne-Cécile Moser, comédienne et metteuse en scène, est aussi dramathérapeute. Sa spécialité, proche du théâtre, est la thérapie par la parole et le drame. «On va par exemple proposer au patient de jouer le rôle d’un personnage qui entre en résonance avec son problème», raconte-t-elle. But de l’exercice? «Exprimer ses émotions pour mieux les intégrer dans son quotidien, s’affirmer et avoir confiance en soi.»

Les séances se font aussi en groupe. Anne-Cécile Moser a travaillé avec des jeunes qui ont des troubles du comportement. Une activité qui semble leur faire du bien: «Je ne suis pas médecin, je ne donne pas de diagnostic, je ne guéris pas. Mais j’aide ces jeunes à réaliser à travers le jeu qu’ils sont capables de raconter une histoire cohérente ensemble et de s’écouter entre eux.»


* Prénom d’emprunt.

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