Le Gentil de la Galaisière, astronome, est resté dans l'Histoire davantage pour son invraisemblable guigne que pour ses succès scientifiques, comme le rappelait André Maeder dans une récente chronique (LT du 22 avril 2003).

En 1760, le Français s'embarque à Brest pour aller observer le transit de Vénus aux Indes, qui devait survenir le 6 juin 1761. Ce phénomène rare était mis à profit pour mesurer la taille du système solaire, mais il fallait cumuler des observations en des lieux différents, c'est pourquoi de nombreux savants s'embarquèrent aussi.

Hélas! Pondichéry étant tombée aux mains des Anglais, Le Gentil ne put débarquer. Il fit voile ver l'île Maurice, mais était toujours en mer le 6 juin. Les observations tombèrent donc à l'eau. Il décida donc… d'attendre le prochain transit, huit ans plus tard, le 3 juin 1789. La guerre franco-anglaise étant terminée, il put revenir à Pondichéry et y débarquer ses instruments. Hélas encore! Le matin fatidique, le ciel était bouché, l'observation rata une fois de plus.

Comme le prochain transit aurait lieu 120 ans plus tard, Le Gentil rentra en France, non sans essuyer tempêtes et attaques de pirates. De retour chez lui, il réalisa que ses courriers n'étaient arrivés ni à sa famille, ni à l'Académie des sciences: on l'a donc cru mort. Sa femme s'était remariée, son héritage avait été prononcé et son poste d'astronome était occupé par un autre. Il mourut au bout de 20 ans de procédures juridiques – et gagna la célébrité par son infortune…