Les faits remontent à 2002 et à 1969. En juillet 2002, la revue américaine Vanity Fair évoque les pratiques séductrices dont le cinéaste franco-polonais Roman Polanski aurait usé juste après le décès tragique de son épouse Sharon Tate, en 1969. La jeune actrice, enceinte de huit mois, avait été sauvagement assassinée, avec quatre de ses amis dans sa maison californienne, par la «Manson Family», un groupuscule de maniaques.

Selon l'article incriminé, Roman Polanski se serait rendu aux obsèques de son épouse avec une jeune «beauté suédoise», à qui il avait fait des «avances sexuelles alors que sa femme venait d'être massacrée».

Quel intérêt? Aucun, sinon que le réalisateur de Rosemary's Baby, oscarisé pour Le Pianiste nie les faits. Et attaque la revue pour diffamation. «C'est un mensonge abominable», accuse-t-il.

L'autre particularité de ce procès people aux relents sulfureux, c'est que le réalisateur y participe depuis la chambre d'un hôtel parisien. Les autorités judiciaires ont autorisé ce procédé pour éviter une éventuelle extradition du réalisateur, demandée par les Etats-Unis depuis 1977. Voilà qui renvoie à un autre épisode trouble: à l'époque, Polanski avait été accusé de viol sur une mineure de 13 ans. Il avait plaidé coupable et passé 42 jours dans un pénitencier californien avant de fuir en France. Sa sentence n'a jamais été prononcée, mais le réalisateur, qui n'a jamais remis les pieds aux Etats-Unis, risque une peine considérable en cas de séjour dans un pays répondant à la demande américaine. En revanche, il ne risque rien sur territoire français, car la France refuse d'extrader ses citoyens.

L'article de Vanity Fair laisse entendre que Polanski utilisait le nom de sa superbe épouse et le drame de sa mort pour séduire des jeunes femmes en quête de notoriété. «Je ferai de toi la nouvelle Sharon Tate», aurait-il déclaré à la mystérieuse Suédoise évoquée par l'article. Pour l'avocat du cinéaste, ces allégations témoignent d'une «conduite monstrueuse et d'une indifférence sidérante à la mémoire de la défunte». Appelée à la barre des témoins, l'actrice américaine Mia Farrow a évoqué un homme en état de choc, obsédé par le meurtre et totalement désemparé, à l'époque. «Je me souviens d'avoir retrouvé Roman dans un restaurant. Deux femmes semblaient vouloir flirter avec lui. J'ai pensé que c'était particulièrement déplacé de leur part. Roman n'y a pas trop fait attention et les a repoussées.» D'autres témoins, dont la sœur de Sharon Tate, ont parlé d'un Polanski «en dépression nerveuse». «Je ne jugerais pas quelqu'un qui, dans cet état, cherche du réconfort d'une manière qui ne fasse du mal à personne», a ajouté Mia Farrow.

Le procès, qui doit se terminer cette semaine, tourne au déballage des mœurs privées de Roman Polanski, dont les biographies évoquent la vie longtemps déséquilibrée et dissolue après le drame de 1969, ainsi que le goût des jeunes conquêtes. Le cinéaste a épousé, en 1989, la comédienne Emmanuelle Seigner avec qui il a deux enfants.

Lors du procès, le plaignant a reconnu des liaisons occasionnelles, y compris avec plusieurs femmes, moins d'un mois après la mort de son épouse. Et à l'avocat de la défense, qui lui demandait si «des liaisons si rapides ne relevaient pas d'une indifférence sans cœur pour sa mémoire», le cinéaste de 71 ans a répondu non. «Je ne pensais pas que le sexe pouvait faire du mal. Plutôt le contraire.»