Entre 35 000 et 48 000 personnes souffriraient de pathologie du jeu en Suisse. C'est ce qu'affirmait, fin novembre, la Commission fédérale des maisons de jeu (CFMJ) lorsqu'elle publiait une étude BASS sur la dépendance des machines à sous. Point crucial: les 700 Tactilo dont les machines, dispersées dans les cafés romands, étaient montrées du doigt. Trois mois ont passé, et Christian Osiek, psychologue aux Hôpitaux universitaires de Genève et professeur à l'Université de Fribourg, vient de rendre publique sa contre-expertise. Un document dans lequel le spécialiste du jeu compulsif se montre très critique quant à la validité des résultats de l'étude BASS.

Le Temps: Que reprochez-vous à l'étude publiée il y a trois mois?

Christian Osiek: Sa méthode. Celle qui a été utilisée pour calculer le taux de prévalence des joueurs excessifs n'est pas scientifique. Elle repose sur des présupposés arbitraires. Avec Guido Bondolfi, psychiatre aux HUG, nous avons été les premiers à avoir estimé le taux de prévalence en Suisse en 1998. Ce chiffre était de 0,8%. Comme au Québec. Or, l'étude commandée par la CFMJ ne repose sur aucun instrument validé de manière scientifique, elle se base uniquement sur de multiples déductions plus ou moins arbitraires.

– Selon vous, ce rapport est-il partiel ou partial?

– Il contient de nombreuses interprétations partiales. Il opère un raccourci tendancieux en assimilant les Tactilo à des machines à sous. Ce constat n'est pas réel: contrairement aux bandits manchots des casinos, les écrans de la Loterie romande ont des barrières de sécurité pour protéger les joueurs des excès.

– Vous avez d'autres critiques…

– Le rapport de la CFMJ contient de grandes erreurs dans l'échantillonnage des centres de traitement des malades du jeu. Elle ne peut pas être représentative de la population résidente en Suisse.

– Des exemples?

– En voici un, flagrant. Les joueurs excessifs des institutions du canton de Berne représentent 40,6% de tous les cas interrogés en Suisse, alors que la population bernoise ne compte que pour 13% de la population helvétique. A l'inverse, des grands centres comme Genève et Zurich sont sous-représentés. Ce qui fausse l'estimation finale. Encore une fois, ce n'est pas viable scientifiquement, et la copie devrait être améliorée.