Alors que nous concluons cette semaine dédiée aux jeux, nos patients lecteurs pourraient soupçonner comme une entourloupe. A première vue, «ponte» ne relève pas de ces mots inédits et cocasses qui font l’ordinaire de notre petite chronique. Il est même d’usage plutôt courant, pour désigner une éminence, une personnalité de poids, parfois avec une connotation ironique, voire négative.

Cependant Ulrich Schädler, le directeur du Musée du jeu de La Tour-de-Peilz, nous indique l’origine de cette signification. Pour cela, il nous emmène dans le XVIIIe siècle aventureux de Casanova.

De manière générale, le ponte est celui qui mise («ponter») dans un jeu organisé autour d’un banquier. Ce peut être le baccara, par exemple; les connaisseurs signalent entre autres le punto banco, prisé en Amérique du Sud.

L’expert du musée précise que, à Venise en cette époque, seuls les aristocrates avaient le droit de s’instituer banquier, investissant leur argent dans l’amusement social. Et Casanova, lui, ne frétillait pas que pour les donzelles ou les comtesses libertines: il en pinçait aussi pour les lames, en particulier le Pharaon, un jeu alors fort populaire dans les casinos, ainsi qu’à la cour du roi de France.

Ulrich Schädler nous signale que, «vu qu’il y avait un léger avantage auprès du banquier, Casanova disait qu’il faut toujours tenir ce rôle-là, et ne jamais ponter».

Ce en quoi, depuis trois siècles, les choses n’ont pas fondamentalement changé. Quoique, désormais, les banquiers ont aussi l’air de ponter.