Claquette-chaussette, mocassins poilus, nouvelles expressions ou étranges locutions les tendances ont parfois leur raisons que la rationalité ou que l'esthétique peinent à expliquer. «Le Temps» inaugure un nouveau rendez-vous: deux fois par mois, notre journaliste reviendra sur une tendance qui l’interpelle. 

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Samedi dernier, dans une boîte de nuit genevoise dont je tairai le nom, une bande de jeunes hommes arboraient fièrement une paire de lunettes de soleil. Rester dans le noir lorsque la lumière est déjà absente. Il ne s’agit pas d’une métaphore mais d’un fléau répandu par une étrange catégorie d’individus qui même dans des endroits dépourvus de lumière solaire et de lumière tout court s’évertue à porter des lunettes de soleil. Je pense à celles et ceux qui les portent dans des magasins mais aussi à ces personnalités publiques qui multiplient les apparitions sans que jamais l’on ne puisse voir leurs yeux. Une catégorie se démarque par ailleurs et atteint, il me semble, le paroxysme de l’irrationalité: les adeptes du port de sunglasses dans les night-clubs.

A mon plus grand dam, cette curieuse tendance n’est pas nouvelle. En 2005 déjà, le magazine masculin GQ consacrait sur son site un article au port de lunettes de soleil dans les boîtes de nuit en tentant d’énoncer quelques explications. Parmi elles, le fait d’éviter toute gêne ou altercations possibles induites par un éventuel eye contact. Peu convaincant, n’est-ce pas?

Détourner l’objet de son utilité

Loin de moi l’idée de jeter l’opprobre à chaque personne qui trouve dans cette façon de faire une manière de conserver le mystère, ou d’avoir du style. Les véritables icônes de la mode vous encourageraient certainement. «Les lunettes de soleil sont comme des ombres à paupières: elles donnent à tout une apparence jeune et jolie», assurait feu Karl Lagerfeld. Le Kaiser Karl ne faisait presque aucune apparition publique sans son catogan mais surtout sans sa paire de lunettes.

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En fin de compte, difficile de ne voir en cette habitude qu’un étrange phénomène de mode que j’imaginais en déclin. Il n’en est rien. Démonstration faite le week-end dernier dans cette boîte de nuit genevoise ou j’ai même vu pire, l’un des jeunes hommes portait des AirPods… Affaire à suivre.