Des diamants, des montres, de l'or du platine. Tout cela repose calmement dans les vitrines du stand Piaget. Le luxe appelle le calme. Quant à la volupté, elle est ailleurs, sur la moquette épaisse peut-être qui atténue les conversations et les pas pressés des journalistes. Hier, au Salon international de la haute horlogerie (SIHH) de Genève, c'était leur jour.

Soudain, un collier fou se met à bouger: une sorte d'enchevêtrement de perles grises et blanches percées et serties de diamants. Il se met à parler: «C'est la dernière parure «crazy»…». La voix, grave juste comme il faut, c'est celle de Mali. «Ne dites pas mon vrai nom surtout, je fais l'école buissonnière!» Cela fait deux ans que Mali présente les bijoux et les montres Piaget au SIHH. Le reste du temps elle est étudiante dans le paramédical.

Avant de faire vivre les parures, Mali a reçu quelques directives tout de même: les collections passées, actuelles, la technique. Et les recommandations d'usages sur les plus gros clients. «Il en est qui viennent avec leur femme et leur fille. A l'usage, j'ai appris qu'il fallait d'abord capter les regards féminins. Au fond, c'est un peu elles qui choisissent. Elles sont beaucoup plus critiques à notre égard que les hommes».

Du coup, on ne sait plus très bien que regarder: ses yeux verts en amande, ses longues jambes fines, ou la parure étrange qu'elle porte autour du cou et dont on voudrait bien connaître le prix. «Je ne sais pas encore. Le Salon vient à peine d'ouvrir…». Mali est là, devant le stand Piaget. On dirait une vitrine vivante. Mais en beaucoup plus beau. Elle rappelle, en plus habillé, ces mannequins de chair qui présentaient les sous-vêtements Chantal Thomass dans les vitrines des Galeries Lafayette, à Paris. Avant que les féministes ne s'insurgent.

Les regards ne la dérangent pas. «Ici, c'est un salon professionnel: les gens viennent pour acheter, il n'y a pas ce côté public voyeur comme sur les autres salons, dit-elle. Et puis on parle, on n'est pas là pour faire la potiche». Enfin, tout dépend des acheteurs. Les Français, les Allemands, les Anglais et les Suisses apprécient d'avoir comme interlocutrice cette fille d'1m78 qui sait faire parler les bijoux en français, anglais, allemand et dans une langue orientale qui ne lui sert à rien au salon. En revanche, lorsqu'elle a affaire à la clientèle japonaise, Mali a appris à se taire. «Ils n'apprécient pas du tout que je leur présente les nouveautés horlogères. C'est culturel», lance-t-elle. Alors elle se tait. Elle aurait bien voulu pourtant, apprendre le japonais.

* Le Salon International de la haute horlogerie se tient à Genève jusqu'au 29 avril. Il est fermé au public. Nous avons donc eu envie de vous montrer l'envers de ce décor, en vous parlant chaque jour des gens qui le font.