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Deuil numérique

Poster «RIP» sur les réseaux sociaux, c’est «la logique du ragot»

«RIP Bowie», «Bon voyage Prince»: ce début d’année a vu jaillir des hommages en cascade. Pour qui? Pourquoi?

La mort de Prince aurait généré huit millions de tweets. Et le 10 janvier dernier, les #RIPBowie étaient au nombre de trois millions en quelques heures… Lorsqu’une personnalité meurt, nos murs Facebook se transforment en marbre. «RIP Paul, Ringo, Iggy», etc. – je prends de l’avance sur les statuts, comme ça c’est fait – postait un internaute sur sa page. Mais pourquoi ce besoin, visiblement irrépressible pour beaucoup de monde?

Si le fait de poster un clip, une interview rare, un dessin ou une photo apporte éventuellement un petit quelque chose à notre entourage virtuel, un simple «RIP» suivi du nom de la personnalité décédée est une autre démarche. «Il faut remonter à ce qu’est un mur de réseau social: c’est une manière de se positionner, explique le professeur en sociologie de l’image Gianni Haver. Poster «RIP» signifie en partie «je suis informé, je fais partie de l’actu». C’est l’effort minimal, mais cela sert à esquisser ton profil. Lorsqu’il s’agit d’une star, c’est une façon de se définir dans ses préférences, mais aussi d’exister par rapport à une nouvelle. Il est logique que le deuil trouve une place dans cet univers-là.»

«La logique du ragot»

Une nouvelle qui, généralement, se transmet dans les heures qui suivent. Plus tard, c’est trop tard. Plus la communication est rapide, plus sa durée est limitée dans le temps. «La transmission de l’info, c’est la logique du ragot, souligne le professeur à l’Université de Lausanne. Tu as envie d’être le premier à l’apprendre aux autres. Il existe une réelle jouissance d’annoncer quelque chose de surprenant…»

Avant l’arrivée des réseaux sociaux, il n’existait aucun moyen de partager un deuil collectif, à moins de se rendre aux funérailles avec une foule anonyme. On se contentait de téléphoner pour dire «Tu sais pas quoi? Machin est mort.» Quelques mots qui produisaient leur petit effet, suivi d’un «noooon, c’est pas vraiiii?». Et cela s’arrêtait là. Camille et Sophie, deux amies de longue date, ont installé leur propre rituel morbide. Leurs échanges de SMS sont régulièrement ponctués d’un «J’espère que tu vas mieux que Michel Delpech, Galabru, Sim, Maître Capello…», et autres personnalités de leur enfance qui viennent de casser leur pipe. Un moyen un brin cynique de s’annoncer le plus vite possible le décès d’une figure populaire.

Le «newsjacking»

Pour le spécialiste en marketing digital Blaise Reymondin – qui a lui-même posté des RIP pour Bowie et Prince – les réactions à la mort d’une célébrité permettent aussi ce que l’on fait de moins en moins sur Facebook: «Le temps où l’on publiait tout ce qu’on aime est révolu. Au début, on postait par exemple des chansons. Maintenant, on réalise que ça n’intéresse pas grand monde, du coup on fait un bide (= trois «like» et demi). C’est rare que quelqu’un commente «ah trop cool, cette vidéo de Balavoine». Quand une star meurt, cela nous donne à nouveau une légitimité pour parler des artistes que l’on aime bien. C’est une forme de newsjacking.» Sans toutefois minimiser le fait que ce type d’information provoque une forte émotion. Certaines célébrités font partie de notre entourage, de notre quotidien.

Lire aussi: Facebook est-il toujours aussi social?

La mort de David Bowie avait d’ailleurs donné l’occasion à bien des Romands de partager leurs souvenirs personnels. A la mi-janvier, il était de bon ton de raconter que l’on avait croisé le chanteur de «Ziggy Stardust» à Lausanne dans les années 1980. «C’est un egotrip, mais tout tourne autour de ça, sur les réseaux sociaux», rappelle Blaise Reymondin. On y revient: la démarche permet de faire acte d’adhésion à une communauté, tout en contribuant à construire la personnalité que l’on souhaite montrer sur Facebook. Et ensuite? Comme chantait le groupe Queen (RIP Freddie Mercury): «The show must go on»!

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