Durant les Fêtes, «Le Temps» se plonge dans l’univers de jouets mythiques, qui racontent un lien ancien entre les générations. Voici le premier épisode de notre série.

A l’entrée du magasin de jeux La Marelle à Lausanne, des poupées emmaillotées dans un simple apparat: des bâtons de bois avec une tête sculptée, de vieux grigris japonais que les bébés tiennent fermement dans leur paume. Un talisman que certains glissaient aux nouveau-nés pour leur donner du courage, la nuit, et pour ne pas qu’ils meurent.

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«La poupée est souvent le premier jouet que l’on donne à un enfant», déclare Samuel Saffore, le propriétaire du lieu. Il pourra reproduire le schéma parent-bébé, et s’identifier à sa poupée. Avant 18 mois, elle apportera sécurité et réconfort à l’enfant, mais c’est à partir de 1 an et demi qu’il commencera véritablement à jouer avec elle, en reproduisant ce qu’il observe dans son quotidien. Plus l’âge de l’enfant avance, plus la poupée devient un partenaire de jeu à qui il peut arriver des aventures, les enfants s’exprimant et évacuant dans leurs histoires à travers elle. Le jeu de la poupée permet à l’enfant de revivre sa vie, dans un simulacre où il retrouve les éléments frappants, pour les assimiler, les comprendre, les savourer ou au contraire s’en libérer. Son existence entière est en expérience dans son jeu de poupée.

Un jouet moins sexiste que sexué

Décriée pour son côté stéréotypé, la poupée est moins un jouet «sexiste» que «sexué», pour Samuel Saffore. «Ce n’est pas enfermer une petite fille dans son rôle de génitrice que de lui offrir une poupée, ce sont les adultes autour qui lui inspirent les histoires qu’elle se raconte et les scénarios qu’elle conçoit.» Bambins fillettes ou garçons, l’étalage a de tout, les petits bébés en jouet ne sont pas forcément sexués.

L’univers des poupées est considérable, petites et grandes, rigides, souples, ou articulées, nues pour le bain ou somptueusement vêtues pour la fête. La poupée fait d’ailleurs partie des premiers objets qui ont été réalisés dans un objectif purement ludique. Une grande variété de poupées nous sont parvenues de l’Antiquité. Les plus modestes, en tissu de lin, bourrées de chiffons et de papyrus, se sont conservées dans le climat sec de l’Egypte romaine et copte, alors qu’en Grèce, on en a retrouvé en terre cuite, produites en série; et en Chine en porcelaine raffinée.

Profession «bimbelotier»

Au XVIe siècle, à Paris, apparaissent les premières poupées fabriquées pour les enfants de l’aristocratie et, avec elles, le terme «bimbelotier» désignant les premiers fabricants de poupées. Elles sont faites en bois et en chiffon. Puis, la poupée mannequin, dont le but est de promouvoir la mode française à l’étranger, est créée. Ces poupées messagères de grâce et de coquetterie envoyées de Paris jouissaient même en temps de guerre d’un droit de passage illimité, que les belligérants s’interdisaient bien de discuter.

Avec les années, ces jouets se sont perfectionnés. Les constructeurs utiliseront du verre pour construire les yeux et les cheveux prendront différentes couleurs, puis de la cire pour la confection. A La Marelle, depuis que la fabrique des poupées Corolle a été délocalisée en Chine, Samuel Saffore travaille avec Petitcollin, la plus ancienne et la dernière fabrique de poupées française encore en activité en France, collaborant avec la créatrice suisse de poupées Sylvia Natterer.