C'est une double première: des chercheurs coréens ont réussi à obtenir des embryons humains clonés qui se sont développés jusqu'au stade de blastocyste (une centaine de cellules); ils en ont ensuite tiré une lignée de cellules souches «pluripotentes» susceptibles de se spécialiser en n'importe quel tissu de l'organisme humain. Cette avancée, parue aujourd'hui dans la version en ligne de la revue Science, était considérée comme inévitable par la communauté scientifique, mais elle n'en est pas moins le résultat d'une prouesse. Le clonage de l'être humain, et plus généralement des primates, a en effet longtemps posé des problèmes techniques qui semblent avoir été surmontés dans ce cas. Dans la foulée, les chercheurs coréens ont atteint l'objectif essentiel motivant la mise au point du clonage humain thérapeutique: l'obtention de cellules souches génétiquement identiques, et donc parfaitement immunocompatibles avec la personne qui a donné le noyau cellulaire. C'est une étape essentielle qui est ainsi franchie sur la voie vers d'éventuelles thérapies contre des maladies dégénératives telles que celle de Parkinson, d'Alzheimer ou le diabète – l'idée est de fabriquer à partir des cellules souches de nouveaux neurones producteurs de dopamine ou des cellules productrices d'insuline que l'on pourrait implanter aux malades.

Woo Suk Hwang et Shin Yong Moon, chercheurs à l'Université nationale de Séoul, ont opéré comme pour le clonage de la brebis Dolly sans toutefois dépasser les premiers stades du développement embryonnaire. Ils ont utilisé 242 ovules fournis par 16 femmes. Ces cellules ont alors été énucléées avant de recevoir des noyaux prélevés sur des cellules du cumulus. Les cellules du cumulus entourent les ovules en formation dans les ovaires et sont connues pour être des donneuses de noyau particulièrement efficaces pour le clonage de certains animaux. Sur tous les embryons ainsi produits, 30 sont arrivés au stade de blastocyste, qui sont composés d'environ une centaine de cellules.

Ce ne sont peut-être pas les premiers embryons humains clonés de l'histoire, mais c'est la première fois que la méthode est clairement décrite dans une revue de référence aussi importante que Science. D'autres équipes ont annoncé par le passé avoir obtenu des résultats similaires. Des Coréens du Sud – déjà – l'ont fait en 1998, mais leurs résultats, non publiés, sont considérés comme sans fondement. Des chercheurs de la firme Advanced Cell Technology aux Etats-Unis ont publié un article sur ce sujet dans la revue e-biomed, the Journal of Regenerative Medicine du 26 novembre 2001, sans pour autant convaincre l'ensemble de la communauté scientifique. Finalement, en 2002, des Chinois ont prétendu, dans une certaine indifférence, avoir obtenu un embryon humain cloné de quelques cellules.

Personne n'a toutefois réussi à produire autant d'embryons (30) et à un stade aussi avancé. Ce succès peut s'expliquer, selon certains spécialistes, par la méthode d'énucléation. Habituellement, le noyau de l'ovocyte est aspiré à l'aide d'une pipette, une technique susceptible d'endommager la machinerie des protéines impliquées dans la division cellulaire. Les chercheurs coréens, eux, ont percé un petit trou dans la membrane de la cellule avant de la compresser et d'en faire doucement sortir par l'orifice le contenu génétique.

Les chercheurs ont ensuite choisi 20 blastocystes sur lesquels ils ont prélevé une cellule. L'opération semble délicate puisque, au final, ils n'ont obtenu qu'une lignée de cellules souches embryonnaires pluripotentes. Les tests effectués sur ces dernières semblent indiquer qu'elles peuvent en effet se différencier en os, en cartilage, en muscle ou encore en neurones. Les auteurs de l'article ont également vérifié l'origine de cette lignée de cellules souches. En fait, l'ovocyte et le noyau de la cellule cumulus, qui ont permis de fabriquer le blastocyste, ont été fournis par la même femme. Cette particularité ne permet pas d'exclure une origine différente, la parthénogenèse, dont la probabilité est toutefois trop faible pour être vraisemblable.

Dans une annexe à leur article, les chercheurs précisent par ailleurs que les femmes qui ont donné leurs ovules sont toutes volontaires et qu'elles ne n'ont pas été rétribuées. Elles ont été informées du but des recherches, notamment que les embryons allaient être détruits après que leur développement eut été arrêté. Et, bien sûr, qu'il n'était à aucun moment question de réaliser de clonage reproductif.