De quoi sera fait l'avenir de Rossel, premier groupe de presse francophone en Belgique, qui édite notamment le quotidien Le Soir? La question agitait le petit monde médiatique belge après l'annonce vendredi de la disparition de Robert Hurbain, président et administrateur délégué de la société dont le groupe français Hersant détient 40% du capital.

Le décès de l'homme le plus puissant de la presse francophone belge, qui s'est éteint samedi dernier à 72 ans des suites d'une maladie, a relancé les spéculations sur d'éventuels changements à la tête du groupe Rossel. Cette disparition, annoncée jeudi seulement au personnel de l'entreprise dans la foulée des funérailles, conduira-t-elle à une redistribution des cartes qui verrait le magnat français de la presse Robert Hersant, dont la société Socpresse édite Le Figaro, prendre le contrôle de la société? A ce stade, aucune hypothèse ne peut être écartée.

Pierre Lefèvre, rédacteur en chef du Soir, navire amiral du groupe, reconnaît que la mort de Robert Hurbain peut susciter des interrogations. Il se veut cependant rassurant et laisse entendre qu'il ne faut pas attendre de grands changements à la tête de la société. A tout le moins à court terme. «Il y a probablement une inquiétude naturelle face à un futur dont les balises ne sont pas encore tracées avec précision. Mais le mot d'ordre général dans la famille Hurbain, et même chez l'actionnaire minoritaire (Socpresse, ndlr), semble être la continuité», a déclaré le journaliste à La Libre Belgique.

Seule certitude à l'heure actuelle: les modalités de la succession de Robert Hurbain seront au centre d'un conseil d'administration convoqué le 23 janvier. Le défunt a pris les devants en redistribuant il y a quelques années déjà les actions détenues dans Rossel par la famille (60%) entre son fils et ses deux filles, chacun détenant désormais une part égale (20%). Or le fils, Patrick, 41 ans, occupe aujourd'hui déjà les fonctions d'administrateur de Rossel.

De là à affirmer qu'il est acquis que Patrick reprendra les fonctions de son père aux côtés de Yves de Chaisemartin, représentant de Socpresse, il y a un pas que La Libre Belgique et une source proche de Rossel n'hésitent pas à franchir. Reste à voir ce qui se passera si l'un des trois enfants décide de se désengager. Un scénario que l'on ne peut pas exclure a priori, compte tenu des tensions qui agiteraient la famille. Il ouvrirait la voie à une nouvelle répartition au sein de l'actionnariat. Une perspective qui inquiète les employés du groupe: ils n'ont toujours pas digéré l'entrée en force de Robert Hersant dans le capital de la société au début des années 80.

L'inquiétude est d'autant plus vive que Socpresse n'est pas seule au coin du bois. Rossel a été approché à plusieurs reprises ces dernières années par la société française Le Monde, éditrice du quotidien du même nom. Certains groupes flamands de presse aux dents longues auraient également des visées sur l'entreprise. Et pour cause, le groupe de presse leader en Belgique francophone est une affaire qui marche.

Outre Le Soir, il publie plusieurs quotidiens régionaux (La Meuse, La Lanterne, La Nouvelle Gazette) et un «tous-ménages» gratuit (Vlan). Il détient 46% de la toute-puissante radio Bel RTL, 34% de RTL-TVI et 70% du quotidien de Lille La Voix du Nord. L'empire Rossel a réalisé en 1999 un chiffre d'affaires de 9,4 milliards de FB (358 millions de francs), pour un résultat net de 654 millions (25 millions). De quoi susciter bien des convoitises!