Aujourd'hui à Philadelphie, la justice américaine examinera les procédures relatives aux 42 plaintes déposées dans le pays dans le cadre du crash du MD-11 de Swissair. L'avion s'est abîmé à 10 km des côtes de la Nouvelle-Ecosse le 3 septembre 1998, provoquant la mort des 229 occupants de l'appareil. La compagnie suisse, son partenaire américain Delta Airlines, le groupe SAir, SRTechnics, Boeing/McDonnell Douglas, ainsi que le fabricant de systèmes de divertissement IFT figurent sur le banc des accusés. Les plaignants leur réclament au total 16 milliards de dollars (24 milliards de francs) en dommages et intérêts.

Comme les deux tribunaux de district de New York sont actuellement surchargés, l'audience se tiendra à Philadelphie, dont le tribunal est désormais le seul habilité à traiter l'affaire aux Etats-Unis. Aujourd'hui jeudi, le juge fédéral James Gilles prendra connaissance des faits et questions juridiques en présence des avocats des deux parties. Les moyens de preuves seront définis dans les grandes lignes. Le but de l'audience, très technique, est de réduire au minimum le nombre des thèmes à aborder. Le juge fixera enfin les prochaines étapes de la procédure, qui s'annonce très longue. D'éventuelles négociations entre les deux parties ne débuteront qu'au terme de cette première étape.

Les familles des victimes seront représentées par des cabinets d'avocats spécialisés dans les accidents aériens, comme l'avoué et pilote Alan Arthur Wolk de Philadelphie ou l'étude new-yorkaise Kreindler & Kreindler. En janvier dernier, nous avions relayé l'opinion de Lee Kreindler, pour qui le procès du SR 111 devrait être «le plus important de l'histoire de l'aviation». L'avocat new-yorkais, dont l'étude représente plus de 70 familles aux Etats-Unis, estime que les dommages et intérêts devraient dépasser les 550 millions de dollars qu'il avait obtenus pour les proches des victimes du vol Pan Am 103, qui avait explosé au-dessus de Lockerbie en 1988. Le statut social élevé d'une bonne part des passagers du vol SR 111 justifierait, selon Lee Kreindler, un montant très élevé des dommages et intérêts.

Swissair a pour sa part engagé une équipe de juristes américains. L'espoir de la compagnie aérienne est toujours de résoudre le plus de cas possible à l'amiable.

Selon les conventions internationales, la responsabilité financière de Swissair est illimitée à la suite d'un crash. Elle peut toutefois être restreinte si la compagnie prouve qu'elle a tout entrepris pour prévenir l'accident. Les plaignants vont probablement remettre en question le dispositif de sécurité de Swissair et accuser la compagnie de négligence. Celle-ci devra prouver que la catastrophe aérienne s'est produite alors que les normes de sécurité étaient respectées. Les résultats de l'actuelle enquête du Bureau canadien de la sécurité des transports (un pré-rapport est attendu seulement l'an prochain) ne pourront pas en l'état être utilisés par les deux parties. Même si des soupçons se portent sur une défectuosité électrique à l'avant du MD-11, la cause réelle de l'accident est loin d'avoir été identifiée.

Dans un communiqué publié mercredi, Swissair précise que la compagnie a pris des mesures, appliquées à l'ensemble de la flotte suisse, à la suite du crash de septembre 1998. Une fois sollicités, les coupe-circuit ne pourront plus être réutilisés lors d'un vol. Les listes de contrôles en cas de fumée ou de feu ont été modifiées. Les pilotes doivent désormais se préparer à atterrir en urgence en baissant rapidement d'altitude, même en dessous de 3000 mètres (il a été reproché aux pilotes du MD-11 d'avoir trop attendu avant d'amorcer leur descente). Par ailleurs, les systèmes de divertissement à bord ont été désactivés sur les MD-11 et Boeing 747 de la compagnie.