Des chercheurs de l'Hôpital d'Arnhem au Pays-Bas ont publié dans la revue The Lancet du 15 décembre une étude sur un sujet pour le moins inhabituel: l'expérience de mort imminente (EMI). C'est la première tentative scientifique de grande envergure pour analyser les témoignages de personnes ayant vécu un état de mort clinique passager et qui affirment avoir gardé des souvenirs de cet épisode. L'état de mort clinique a été défini dans cette étude comme le moment d'inconscience provoqué par un apport insuffisant de sang au cerveau dû à un dérèglement du système circulatoire ou respiratoire. Sur 344 patients interrogés, 62 (18%) ont affirmé avoir vécu une EMI plus ou moins intense. Pour les chercheurs, ces résultats montrent que les facteurs purement médicaux ne suffisent pas à expliquer le phénomène. Si c'était le cas, selon eux, presque tous les patients auraient dû revenir avec de tels témoignages. Ces conclusions ne convainquent cependant pas les sceptiques.

Contrairement aux approches précédentes, l'étude néerlandaise a procédé de manière prospective. Au lieu de se baser sur des témoignages récoltés ici et là, dont l'authenticité est d'autant plus aléatoire, les chercheurs ont systématiquement posé des questions aux patients peu après leur réanimation. Les EMI les plus fréquemment entendues sont les émotions positives, la conscience d'être mort, la rencontre avec des personnes décédées, le déplacement dans un tunnel, l'observation d'un paysage céleste, l'impression de se séparer de son corps, la communication avec de la lumière, la vision de couleurs, le sentiment de la présence d'une frontière ou encore le passage en revue de sa vie. Les chercheurs ont noté que les EMI étaient plus fréquentes chez les patients les plus jeunes. Parmi ceux qui ont vécu les expériences les plus intenses, les femmes sont plus nombreuses.

L'étude ne s'est pas arrêtée là. Deux, puis huit ans après, un certain nombre de patients survivants ont été recontactés pour répondre à une nouvelle série de questions sur la qualité de leur vie sociale et spirituelle ainsi que sur leur appréhension de la mort. Les patients ayant vécu une EMI s'en sont sortis en moyenne avec des résultats plus positifs, à tous les niveaux.

Il est apparu également que, deux ans après, 6 des 37 patients survivants ayant affirmé avoir vécu une EMI se sont rétractés. Ces retournements fournissent une première prise aux critiques. «Le fait que certaines personnes changent de témoignage montre que l'on ne peut pas exclure la fausse mémoire, ou la tentative involontaire de «remplir des trous de mémoire», explique Stephanie Clarke, professeur à l'Institut de neuropsychologie au CHUV. Certains chercheurs ont montré que des personnes bien portantes, sous l'action du stress notamment, transforment des faits tirés de leur imagination en souvenirs qu'elles pensent être bien réels. Elles ne distinguent plus le vrai du faux.»

Ce point de vue est largement étayé dans un commentaire accompagnant l'article du Lancet. Christopher French, professeur dans une unité de recherche en psychologie à l'Université de Londres y précise que personne ne sait en réalité quand ces EMI apparaissent: «Est-ce lorsque l'électroencéphalogramme est plat, ou lorsque le patient entre rapidement ou sort graduellement de cet état?»

L'expérience de mort imminente la plus impressionnante est celle où le patient raconte être sorti de son enveloppe corporelle et avoir vu de l'extérieur, parfois avec une précision troublante, les gens s'affairer autour de son corps. L'article des chercheurs néerlandais documente un seul de ces événements qui a eu lieu durant la phase pilote de l'étude. Mais on ne sait pas si quelqu'un a essayé de corroborer les détails du récit avec la réalité.

Selon Christopher French, le fait que certains patients semblent décrire avec précision les événements qui se sont déroulés durant leur EMI peut s'expliquer autrement que par des théories paranormales. Le patient, lorsqu'il raconte son histoire, peut recourir inconsciemment à des informations disponibles autour de lui, à ses connaissances antérieures, à sa fantaisie, à ses rêves, à des conjectures chanceuses ou encore à des informations enregistrées par ses sens restés en éveil au moment de tomber dans le coma. Il faut ajouter à cela la tendance de la mémoire à sélectionner les détails qui s'avèrent corrects ou d'incorporer ceux qu'elle a appris entre la réanimation et le compte rendu de l'EMI. Sans parler de la tentation si naturelle de vouloir raconter une bonne histoire.