Une nouvelle grille, c'est «un mariage entre désir et calcul», dit Patrick Nussbaum, directeur de l'information de La Première. La station la plus écoutée de Suisse romande a renouvelé sa tranche horaire au plus fort taux d'audience. Les «Nouveaux Matins» ont débuté hier. Ils tentent de creuser le sillon qui fait le succès de La Première en début de soirée («Forum»): ajouter le débat et l'analyse à la simple diffusion des nouvelles. Les nouvelles rubriques veulent casser «l'effet grille de chemin de fer» qui a longtemps prévalu, selon Patrick Nussbaum: une succession jugée trop mécanique de 52 secondes de parole, de 7 sons enregistrés puis de 4 brèves avant de lancer la météo. Le schéma est brisé pour entrer dans un temps où «ce sont nos priorités qui décident» de la composition des séquences. Parcours des nouveautés en compagnie du directeur de l'information.

Ecomatin (6 h 52)

La rubrique économique de la grille du matin se scinde en deux. «Déclics», sa première partie, reste une séquence de reportage. Pascal Besnard rencontre un entrepreneur de Suisse romande qui s'est lancé grâce à une idée innovante. «A la création de cette séquence, on me rétorquait que nous ne trouverions jamais assez d'interlocuteurs pour tenir la distance», se rappelle Patrick Nussbaum. Depuis, Ecomatin dresse chaque jour le portrait d'un pays en mouvement. C'est la «positive attitude», un brin volontariste, dès le lever des Romands. La nouvelle grille complète cette séquence par le «Prix du jour»: l'analyse de la structure du prix d'un produit ou d'un service. «Les Suisses retournent de plus en plus les étiquettes en faisant leur course, dit Patrick Nussbaum. Au moment où le pouvoir d'achat est en baisse, nous pensons qu'ils ont le droit de connaître la structuration exacte d'un billet de train Genève-Zurich ou de savoir pourquoi les prix varient entre Berne et Lausanne.»

Le feuilleton (7 h 42)

Une personnalité romande est suivie dans son quotidien pendant une semaine. Chaque matin, les cinq minutes du «Feuilleton» retracent sa vie professionnelle et privée. Placée entre la revue de presse et «Radio Public», cette nouvelle séquence contribue à la variété de la grille matinale. «Le feuilleton», explique Patrick Nussbaum, «c'est beaucoup d'enregistrements et un gros effort de mise en forme. Nous pensons que la séquence revue de presse-reportage-direct est une formule complémentaire et différenciée. Cela permet d'offrir un élément affectif entre deux tranches très travaillées.»

Le journal de demain (8 h 00)

«La philosophie générale que nous voulons donner aux «Nouveaux Matins», c'est «plus d'infos et plus d'anticipation», dit le directeur de l'information. Pendant la nuit, les infos bougent généralement peu. Donc, une fois que nous les avons bien triées, il est important d'ouvrir des perspectives avec «Le journal de demain». Cette tranche est préparée dès 5 heures. Les rédactions travaillent de plus en plus tôt: appeler les intervenants dans le monde, apporter un éclairage sur comment une nouvelle du jour va rebondir dans la semaine. Nous voulons gagner un cran dès 8 heures. Faire comprendre aux auditeurs qu'à cette heure, à la radio, on tourne la page du jour pour se projeter dans le lendemain, que l'on est dans une autre logique que celle qui règne de 5 à 8 heures.»

Echec et mat (8 h 23)

Le débat fait son apparition le matin, animé par Simon Matthey-Doret. Deux personnes s'affrontent sur un thème de société selon les règles qui prévalent dans le jeu d'échecs. Chacun a un quota de 120 secondes de parole. «Le matin se prête mal au débat traditionnel de 15 à 30 minutes, dit Patrick Nussbaum. Je pense que notre formule convient au mode d'expression d'une génération qui débat avec des arguments massue. Les thèmes pourront être: pour ou contre les 4x4 en ville? Faut-il plus de femmes au Conseil fédéral? etc. Mais nous ne ferons pas de grands débats techniques dans cette tranche.» En apportant le débat au petit déjeuner, la radio marque toujours plus l'évolution de son rôle. Média le plus rapide, il s'est longtemps contenté de cet avantage temporel sur ses concurrents pour être le strict vecteur des nouvelles. Aujourd'hui, une fois ces dernières apportées, la radio sait instaurer l'analyse immédiatement après. «La tendance que nous suivons est d'apporter deux temps en un», confirme Patrick Nussbaum.