«Le sanatorium! C’est ma bouffée d’air, mon oxygène. Il est situé à 30 kilomètres de ma ville, qui est une ancienne cité minière. Je m’y rends plusieurs fois par semaine car ce centre de repos propose des thés dansants quotidiens. Danser fait partie de notre culture. Tous les prétextes sont bons pour valser! Les villes polonaises sont grandes. La mienne, avec ses 12 000 habitants, est considérée comme petite. Trop pour que nous ayons droit à des infrastructures culturelles ou sportives. Nowa Ruda a perdu son théâtre et son cinéma quand la mine a fermé. Une piscine couverte, une église, un supermarché et de rares restaurants sont les seuls rescapés.

»Je suis nostalgique des étés d’antan. C’est paradoxal parce que j’étais opposé au régime politique, ce qui m’a valu quelques ennuis. Mais à l’époque, en tant que mineur, j’avais des avantages. Les vacances étaient organisées et abordables. Grâce à mon travail et à celui de mon ex-femme, secrétaire de la mine, nous avons pu voyager dans les pays de l’Est et en Russie.

»L’été est une renaissance. Pour qui n’a jamais connu les hivers polonais, cela semble exagéré. L’humidité persistante avive l’impression de froid, le brouillard obscurcit le ciel de novembre à avril. Du coup, nous vivons doublement les journées estivales. Emmagasiner la lumière en prévision de la rigueur hivernale. Dès le mois de mai, le climat et la végétation ressemblent à ceux de vos Préalpes, les sapins en moins.

»J’ai découvert la Suisse en 2004, grâce à ma fille unique mariée à un Valaisan. Je me réjouis de passer du temps dans votre pays où il y a tant d’activités. Mais j’ai toujours hâte de rentrer chez moi. Même si je suis à nouveau fâché contre le gouvernement. Notre président, Lech Kaczynski, décédé accidentellement en 2010, était un souffle nouveau. J’ai toujours l’espoir d’un meilleur dirigeant qui ne nous dansera pas sur le ventre!»