Le premier procès pour braconnage de lynx, depuis la réintroduction du grand félin en 1971, a débouché sur un non-lieu. Le juge unique de Wimmis, dans l'Oberland bernois, a acquitté vendredi les deux accusés faute de preuves et de témoins à charge. Les deux accusés n'en ont pas moins critiqué la justice bernoise: «Nous n'aurions pas dû comparaître devant le Tribunal en l'absence de preuves suffisantes.»

Seul le plus âgé des deux prévenus, un chasseur de 54 ans habitant Wimmis, était soupçonné d'avoir abattu sans autorisation un lynx en 1999. Il avait exhibé une photo où il posait en pied à côté de son trophée. Devant le Tribunal, il a prétendu qu'il s'agissait d'un photomontage. Comme pièce à conviction, le Tribunal a dû se contenter de ce lynx de papier que l'accusé aurait retrouvé plus tard, en «faisant ses nettoyages de printemps».

Le juge a donc tenu pour établi que le lynx de la photo était bien factice. Selon lui, il n'y a pas concrètement de lynx mort. De plus, le lieu et le moment du crime supposé ne sont pas clairement définis. Dans ces circonstances, le magistrat n'a pas pu rendre d'autre verdict que l'acquittement.

Complète impunité

En Valais, à Berne et dans le canton de Vaud, les enquêteurs ne sont jamais parvenus à éclaircir les affaires de braconnage de lynx qui ont défrayé la chronique depuis 1971. Dans l'Oberland bernois, pas moins de 12 spécimens du félidé protégé ont été tués illégalement. Le nombre de ces abattages se monte à 50 sur le territoire suisse et la frontière.

Interrogé par Le Temps, Urs Tester, de Pro Natura, n'est pas surpris de ce verdict et s'étonne qu'en Suisse les braconniers bénéficient d'une complète impunité, alors que dans les pays voisins des condamnations ont eu lieu. Le jugement de Wimmis vient confirmer le laxisme que Pro Natura dénonçait dans un dossier accusateur du printemps 2001: «Nombre d'enquêtes pénales ont été menées de façon lacunaire et au ralenti, des indices prometteurs ont été enfouis au fond des tiroirs, des témoins importants n'ont pas été entendus». Ce dossier révélait aussi qu'à Berne, il existe une caisse noire pour couvrir les frais de justice des braconniers du lynx.