«Bonjour, je m'appelle Bernd Dressler, je travaille pour l'Agence de rupture. J'ai été chargé par votre fiancée de vous informer qu'elle vous quitte définitivement.» C'est ainsi que le fondateur berlinois de Trennungsgagentur (Agence de séparation) travaille au quotidien. Son job? Mettre un terme aux relations amoureuses, sur demande.

Depuis la création de sa PME, il y a près d'un an, le Berlinois de 52 ans, à la corpulence dissuasive, a vu son «carnet de commandes» exploser. Deux cents interventions, dont 56 à Berlin même. Surchargé, il se paie désormais les services d'un assistant. La majorité de sa clientèle est composée de femmes âgées de 20 à 25 ans.

Pétrifiées par la crainte de la réaction de leur partenaire, ou effrayées à l'idée de se laisser une énième fois convaincre de reprendre la vie de couple coûte que coûte, ces jeunes femmes font appel à Bernd Dressler. Le briseur de ménage propose différentes formules aux intitulés prometteurs: comme «Restons bons amis» ou «Fiche-moi la paix une bonne fois pour toutes!»

Dans l'offre la plus onéreuse, le «spécialiste» se déplace chez le futur ex pour une rupture «en bonne et due forme», les yeux dans les yeux. Coût, 50 €. Le jeune entrepreneur peut également récupérer les affaires laissées par sa cliente chez son ex, moyennant un supplément.

Autre formule, «Terminator» - c'est désormais son surnom - se charge d'écrire un courrier électronique ou de téléphoner pour donner le coup de grâce à la relation. Coût: 19,95 €. En général, l'intervention, quelle que soit la forme qu'elle revêt, dure moins de trois minutes, montre en main.

«Les gens se rendent dans des agences matrimoniales pour trouver chaussure à leur pied. En aidant les couples malheureux à se séparer, je ne fais qu'offrir le même service, mais dans l'autre sens. Je suis un simple messager», explique Bernd Dressler dans The Times.

Ce n'est pas l'avis de son prédécesseur, a priori fondateur de la toute première agence, Schlussmachen.com. Selon le même quotidien britannique, Florian Aichhorn, jeune Allemand de 24 ans, a vendu son «fonds de commerce», après qu'un homme lui a demandé d'éconduire sa fiancée enceinte. «J'avais sous-estimé l'ampleur que pouvait prendre le phénomène», a-t-il confié au journal, rongé par une soudaine culpabilité.

Mais, loin de se laisser gagner par le doute, Bernd Dressler, ancien courtier en assurances longtemps au chômage, a eu une autre idée. Celle de créer une nouvelle agence pour faire la paire avec la première. «Komm Zurück!» (Reviens!) sauve in extremis les couples dont la relation est au bord du gouffre, ou transmet les excuses contrites d'un adultère repenti.

Avant de passer à l'acte, le Berlinois s'assure que la réaction de son interlocuteur ne risque pas d'être démesurée. Ses clientes remplissent au préalable un formulaire censé détecter la violence latente de l'amoureux sur le point d'être mis au ban. Autre précaution, Bernd reste toujours sur le seuil de la porte et n'accepte en aucun cas de prendre un café. Même si, avoue-t-il, on ne lui en offre jamais.

L'entrepreneur audacieux, qui ne cache pas son désir de faire fleurir son idée dans l'ensemble du monde germanophone, Autriche et Luxembourg en tête, a déjà fait des émules en Suisse. Clinton Scott Yasler, Zurichois de 31 ans, a ouvert la première agence de rupture helvétique, à Oerlikon (ZH), l'automne dernier.

Schlussmache.ch (En finir!) a affiné le modèle et adapté les prix: restent l'e-mail (29 francs), le téléphone (59 francs), la correspondance épistolaire (79 francs) et la rupture entre quatre yeux (179 francs). Mais le Suisse, fidèle à la tradition, propose aussi une version grand luxe, dont la facturation est laissée à la discrétion des experts: le client dicte lui-même, et dans les moindres détails, le scénario à mettre en place. Ce forfait personnalisé peut par exemple comprendre le retour à l'expéditeur des cadeaux offerts pendant la relation.

Néanmoins, la sauce ne prend pas outre-Sarine. L'entrepreneur zurichois confie n'avoir encore eu aucun client sérieux, si ce n'est des couples mariés souhaitant divorcer et qu'il a d'emblée adressés à des avocats spécialisés. «Il faut que l'idée fasse son chemin dans les esprits, c'est un tout nouveau service. Quand les agences matrimoniales sont apparues, les gens rigolaient. Aujourd'hui, c'est la norme ou presque. Je suis confiant, je pense que ce nouveau mode de rupture professionnel s'implantera peu à peu dans les années à venir. Et quand mon agence aura réussi à s'asseoir durablement en Suisse alémanique, je songerai à l'implanter en Suisse romande.»