L'accident remonte au mercredi 8 novembre de l'an dernier. Dans un lieu de promenade très fréquenté de l'Ouest zurichois, un doberman effraye une passante, à tel point qu'elle se jette dans la Limmat et s'y noie. Le Ministère public, par la bouche du procureur du district de la Ville de Zurich, Felix Böhrer, a annoncé mercredi vouloir inculper la propriétaire du chien pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger. Pour l'heure, tant que l'enquête est en cours, pas d'informations officielles. Il n'empêche: la future inculpée risque de 2 jours à 3 ans de prison, ainsi qu'une amende d'un montant maximum de 40 000 francs. De plus, la police municipale révélait mercredi qu'après avoir été placé dans un chenil, le doberman avait trouvé un nouveau propriétaire «qui a de l'expérience avec les chiens». Et Reto Casanova, porte-parole de la police, d'ajouter que «l'animal souffre d'insécurité et perd son calme dans les situations tendues».

Victime non secourue

Pourtant, depuis novembre dernier, ce n'est pas du sort de l'animal dont on parle le plus dans la presse suisse alémanique. On y décrit plutôt les détails de l'événement et y révèle que ni les promeneurs qui ont assisté au drame, ni la propriétaire du molosse n'ont tenté de sauver la victime, alors même qu'elle était emportée par le courant.

Retour à l'automne dernier. A 33 ans, Monica Zahnd – la victime – travaille comme vendeuse dans un kiosque de la gare centrale zurichoise. Mercredi est son jour de congé. Elle quitte tard dans la matinée son appartement sur la Limmat. Monica se rend en ville afin d'acheter les tickets d'avion qui leur permettront, à elle et à son Saint-Gallois de mari, de s'envoler pour le Brésil, le pays d'origine de la jeune femme. Vers 11 heures, elle atteint le milieu du Hardeggsteg, un étroit pont piétonnier qui enjambe la Limmat. «C'est à se moment que le chien s'est jeté dans sa direction», expliquera plus tard à la police un couple de rentiers qui se promène dans les environs. Monica souffre d'une phobie des chiens. «Quand nous marchions ensemble et qu'un chien nous croisait, elle se cachait toujours derrière moi», explique Martin, son époux, à la Schweizer Illustrierte. Prise de panique devant le doberman qui fonce sur elle en aboyant, Monica se plaque contre la balustrade, l'enjambe et finit par tomber dans l'eau glacée. Elle sait à peine nager. Elle se débat, appelle à l'aide et rejoint la rive 400 mètres plus loin. Le chien l'a suivie et l'empêche d'accoster. Monica lâche prise et se laisse emporter par le courant. Sa dépouille ne sera retrouvée que trois jours plus tard par la police. «Elle est toujours aussi belle», murmure son mari lors de la reconnaissance du corps.

Il faut attendre vendredi 10 novembre, et plusieurs appels dans la presse, pour que la propriétaire du chien se livre à la police. La quadragénaire explique qu'elle et son mari possèdent depuis cinq ans un doberman élevé par le couple: Django. «Django était connu dans le quartier pour son agressivité, révèle Martin Zahnd. Souvent, il a aboyé sans raison après des passants, en montrant les dents.» Alors que sa propriétaire risque la prison, le doberman est toujours en vie, placé par la police après que son caractère eut été «examiné par des experts».

Cette histoire rappelle un autre accident, survenu en février 2000 dans le canton de Zurich et dont le procès vient de donner lieu à l'acquittement d'une propriétaire de chien. Son rottweiler, promené sans laisse par une connaissance de la jeune femme, avait défiguré une fillette de 4 ans. Contrairement à son amie, condamnée à 45 jours de prison avec sursis, la prévenue n'a «pas négligé son devoir de diligence, déclarait le 6 mars le Tribunal de Hinwil (ZH). Elle avait spécifiquement demandé à sa connaissance de tenir le chien en laisse». Le rottweiler pourtant avait déjà mordu deux fois. Il a été piqué quelques jours seulement après le drame.