Une immense patinoire transformée en morgue, un parc des expositions reconverti en hôpital de campagne de 5500 lits et recueillant déjà plus de 2000 malades… L’Espagne est devenue le deuxième pays européen le plus touché par la pandémie, et Madrid tente d’y faire face avec courage.

A 25 ans, Marta Garcia Lorenzo fait ainsi partie des infirmières qui se sont portées volontaires pour travailler sur le site d’Ifema, ce lieu célèbre pour ses événements commerciaux et festifs, et alignant à présent perfusions, respirateurs, lits de camp… La jeune femme, qui n’avait pas encore validé sa spécialisation médicale, est affectée à l’information aux proches. Chaque jour, à l’instar de ses collègues, elle est pendue au téléphone huit heures d’affilée pour communiquer avec 100 familles interdites de droit de visite.

«Nous avons un appartement pour vous»

«On transmet toute l’information médicale possible, mais c’est aussi du soutien psychologique. Et quand il faut annoncer une mauvaise nouvelle, c’est dur», soupire-t-elle. D’autant plus éprouvant que la mère de Marta suit par ailleurs une chimiothérapie, dans un autre hôpital. Et que l’infirmière a choisi de quitter l’appartement familial pour éviter tout risque de contamination. A la rue, ne sachant quand elle reverra sa mère, elle a pu trouver un studio gracieusement offert, proche de son travail, en vingt-quatre heures, grâce à Emergency Home.

«Héros du Covid-19 en Europe, nous avons un appartement pour vous», proclame, dès la page d’accueil, cette plateforme créée en urgence, il y a dix jours, par Ivan Tambasco, un agent immobilier madrilène dont le frère, neurologue, est lui-même mobilisé dans un hôpital de Pérouse, en Italie. «Je ne veux plus rentrer chez moi, il y a mes enfants. Trouve-moi un lit, n’importe où», avait-il supplié.

«Ça fait du bien de se sentir utile»

Depuis, Ivan Tambasco s’est appuyé sur le réseau de networking auquel il adhère pour mobiliser des agents dans toute l’Europe, et l’initiative a fait tache d’huile. Au dernier recensement, 150 agents avaient trouvé 365 propriétés en Espagne et généré 400 demandes. Emergency Home propose également des logements aux soignants, et à la protection civile, en Italie, en Allemagne, en Belgique, en Angleterre… En France, en 72 heures, 25 agents se sont également collés à leurs smartphones et sur WhatsApp pour aider. Parmi eux, Marie Dorigny, heureuse d’avoir déniché, en une journée, cinq appartements parisiens. «Ça fait du bien de se sentir utile. J’ai même trouvé un propriétaire proche de l’Hôpital Foch prêt à accueillir un soignant dans sa chambre d’ami. Il a dit: je m’en fous, on fera attention.»

Un bémol toutefois: la plateforme ne souhaite proposer que les logements vides, pour éviter toute propagation virale. Les professionnels de l’immobilier ne sont pas seuls à traquer les lits disponibles. En France, le mastodonte Airbnb propose ainsi 50 euros aux hôtes mettant gracieusement un logement à disposition, pour minimum cinq nuits et 5000 logements auraient déjà été proposés par des propriétaires inscrits sur la plateforme.

Après-demain en Suisse

Dans la région du Tessin, c’est Facebook qui sert de relais spontané entre propriétaires et soignants frontaliers. Un groupe «C’è posto per te» (Il y a de la place pour toi) a même été créé pour faciliter ces échanges.

A Genève, c’est Alexandre Gallo, spécialiste de la vente immobilière, contacté ce mardi par Emergency Home, qui vient tout juste de promettre son aide et d’activer son réseau: «En Italie et en Espagne, c’est déjà une catastrophe sanitaire. Demain, ce sera en France, après-demain en Suisse. Et il faut que nous soyons prêts, en sensibilisant le plus de monde possible. Donnez tout ce que vous pouvez, c’est anonyme. S’il vous plaît, donnez», enjoint-il.