Mais d’où vient ce «prou»? Et Pascal Broulis sera-t-il candidat, oui ou non? En soi, l’expression «peu ou prou» peut séduire malgré son caractère rachitique. Equivalent à «plus ou moins», «peu ou prou» n’a rien à voir avoir avec la «proue» des navires, ce terme-là étant un emprunt à l’italien. Le «prou», sans «e», viendrait de l’ancien français «proud», évoquant une grande quantité, «beaucoup». L’étymologie remonterait au latin populaire «prode», signifiant «être utile».

Utile, Pascal Broulis l’est certainement aux radicaux vaudois, eux qui trépignent à l’idée de lancer un candidat à la succession de Pascal Couchepin. Or, fin stratège ou pur Vaudois, le président du Conseil d’Etat fait piaffer ses groupies. Lesquelles, réunies dans un comité œcuménique, soutiennent son… silence: c’est ce qu’indiquait récemment ce journal en signalant que «ceux qui ont peu ou prou avoué de manière insistante leur intérêt ayant été malmenés dans la presse, la stratégie suivie par l’élu de Sainte-Croix a fini par convaincre tous ses supporters». Lucide mais féroce, Le Temps notait qu’«au jeu du hâte-toi lentement, les Vaudois sont passés maîtres». On soulignera la tournure «sont passés»: car, on le sait, les citoyens du Pays de Vaud ne sont pas consubstantiellement champions de la lenteur accélérée. A cette heure, leur président est donc plus ou moins postulant. Peu ou prou désireux de gagner le Conseil fédéral. Un brin candidat, mais beaucoup.

Chaque jour de l’été, sans prétention, «Le Temps» déguste un mot de la langue française.