éducation

Des psys pour les parents, les enseignants et les enfants en crise

A Genève, la thérapeute Béatrice Arguelles répond aux problèmes de harcèlement, d’apathie scolaire ou de parents agressifs

Les centres de consultation Chagrin Scolaire, créés par Emmanuelle Piquet, reçoivent enfants, parents ou enseignants en crise dans leur environnement scolaire, en proposant une thérapie brève de Palo Alto, méthode qui se concentre sur les interactions. «On ne soigne pas les gens mais leurs relations, en leur apprenant à faire l’inverse de ce qu’ils font, quand ce qu’ils font ne fonctionne pas», résume-t-elle. Un centre existe à Genève, et un autre ouvrira dans un mois et demi à Lausanne.

Reconstruire la confiance de l'enfant

Les doléances reçues par Béatrice Arguelles, thérapeute pour Chagrin Scolaire à Genève, concernent d’abord le harcèlement scolaire: vannes dans la cour de récré, et même insultes… «Dans ces problématiques, les parents et le BIP se concentrent toujours sur le harceleur. On va le moraliser, le sanctionner, ou même le déplacer. Mais cela a rarement un impact, car il tient à sa position dominante, ou alors s’il est puni, il va déléguer le harcèlement à un autre, et l’on n’aura pas appris à la victime l’autonomie», explique-t-elle.

A Chagrin Scolaire, on préfère donc enseigner à l’enfant l’art de la repartie. «Bien sûr, on peut porter plainte pour insultes, mais lorsqu’un parent intervient trop à la place de l’enfant, le message implicite est: «Je t’aime», mais aussi: «Tu es incapable de gérer ça.» Nous étudions donc la situation avec lui pour l’aider à trouver des «flèches verbales», des répliques qui désarçonneront le harceleur. Souvent, la situation cesse, et l’enfant a pris confiance en lui.»

Parents surinvestis

Environ 20% des consultations de la thérapeute concernent des troubles de l’attention, parmi lesquels la fameuse apathie scolaire. «Là, nous travaillons avec les parents, pour mettre le doigt sur leur surinvestissement qui pourrait démotiver l’enfant. Quand, par exemple, ils ont l’impression que ce sont eux qui sont notés, ou quand ils lancent des phrases du type: «Bon, on se met aux devoirs?»… Jusqu’à finir par les faire eux-mêmes. Parfois, ils pensent lâcher l’enfant, mais continuent à poser des questions empoisonnées telles que: «Mais comment tu vas faire l’année prochaine?», qui font peser leur angoisse sur l’enfant.»

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Chagrin Scolaire intervient également auprès des équipes éducatives suisses qui cherchent des outils pour régler les tensions. Et là encore, certaines peuvent naître de ces nouveaux parents d’élèves surinvestis, selon Emmanuelle Piquet: «Des profs se plaignent de parents qui leur demandent de changer des notes, et peuvent même devenir agressifs. D’autres bourrent le crâne de leur enfant en lui disant qu’il est surdoué, et que le prof n’est pas à la hauteur. Toutes ces situations peuvent participer à un enfant qui n’a même plus envie d’écouter en classe…»

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