Il neigeait. C'était il y a un an, à Vitry-sur-Seine, au sud de Paris. La «marche des femmes» partait pour un tour de France de protestation contre l'assassinat de Sohane, brûlée vive par son petit ami. L'association «Ni putes ni soumises» était née.

Douze mois plus tard, Fadela, Loubna, Olivier, Mohamed, Samira et les autres (1750 adhérents regroupés dans une cinquantaine de comités locaux) sont unanimes: oui, quelque chose a changé. Dans les «cités», où les pères et les grands frères tentent toujours de faire la loi, le silence n'est plus de mise. Les filles osent parler, même devant les «mecs»: elles disent qu'elles veulent être libres, mettre une jupe, assumer leur féminité, ne cacher ni leurs jambes ni leur visage, ne pas porter le voile, faire des études, choisir leur mari. Choisir leur vie. A ceux, de moins en moins nombreux, qui leur disent encore: «On va te cramer comme Sohane», elles osent répondre: «Oui, ni pute ni soumise. Et alors?» La présidente de l'association, Fadela Amara, à qui la philosophe Elisabeth Badinter vient de remettre le Prix de la laïcité, explique: «Nous avons inversé le phénomène. Il y a une dynamique de la libération de la parole. Celle des filles mais aussi celle des garçons. La majorité silencieuse commence à s'exprimer.»

Pourtant, elle ne nie pas les difficultés et le paradoxe d'une situation qui voit l'extrême droite, dans les quartiers, devenir l'alliée objective des intégristes musulmans, qui idéologisent l'antisémitisme. Elle ne cache pas non plus les menaces qu'elle et d'autres militantes reçoivent.