Assis en tailleur dans son canapé traditionnel fait de gros coussins alignés, Ahmed*, Yéménite d’une quarantaine d’années établi en Suisse romande, passe des coups de fil en se curant les dents frénétiquement. «Fi gât awla ma fi?…» (y a-t-il du qat ou pas?), lance-t-il à ses interlocuteurs successifs. L’air pessimiste, il espère tout de même: «Dieu est généreux… si Dieu le veut, le corona s’en ira et le qat reviendra… Dieu merci, on arrive encore à trouver du qat séché!»

Interdit en Europe compte tenu de ses propriétés psychostimulantes semblables à celles des amphétamines, le qat (ou khat, ou kat) est cultivé au Yémen, sur les hauts plateaux de la corne de l’Afrique, et dans une moindre mesure en Israël. L’arbuste pousse à une altitude de 1500-2000 m, et ses feuilles peuvent se consommer séchées ou «vertes». Si le caractère friable en bouche et l’amertume de cette plante découragent rapidement celles et ceux qui n’ont pas été initiés dès l’enfance à l’art de sa mastication, son effet euphorisant après quelques heures séduit une part grandissante de consommateurs.