Défi relevé

QoQa, le risque comme philosophie

La start-up romande a fait de l’audace sa signature. Et Pascal Meyer, son fondateur, est aussi amateur de challenges personnels…

«On fait n’importe quoi, mais on le fait pour toi.» Dès la réception, QoQa donne le ton avec cette inscription rose bonbon. Sur cette même fresque qui accueille les visiteurs à Bussigny (VD), les loutres, emblèmes de la boîte, se démènent pour que les 570 000 «QoQasiens» soient satisfaits au quotidien. La patte QoQa? On la connaît, depuis 2005 qu’elle fait recette: proposer, toutes les 24 heures, des articles divers en nombre limité et au meilleur prix suisse.

Comme le principe plaît et rapporte – 70 millions de chiffre d’affaires cette année –, QoQa a étendu ses actions aux alcools (vin, bière), au sport, aux enfants, à la nourriture. Et à l’art, avec l’achat collectif et inédit d’un Picasso. Rencontre avec Pascal Meyer, Jurassien solaire qui a fait du défi une philosophie de vie.

«Un grand merci.» «Des loutres infatigables et des QoQasiens au taquet.» «Des offres, des folies!» Sur le mur de la salle de briefing, des dizaines de cartes postales célèbrent la start-up romande. Là aussi, le rose domine. «C’est un des défis lancés pour nos 10 ans, explique Pascal Meyer. On a invité nos usagers à dire ou à dessiner ce que QoQa représentait pour eux.» Le résultat déborde d’amour. «C’est qu’on est super-réglos, poursuit le directeur. Les QoQasiens ne sont pas des clients, ce sont des partenaires. On les consulte pour affiner nos offres et on les renseigne dès qu’ils ont une question. Dix personnes œuvrent en permanence à cette fonction.»

Ça sifflote en travaillant…

Rapide coup d’œil à l’open space. Ça sifflote en travaillant, et la moyenne d’âge ne dépasse pas 30 ans. «Cette philosophie de la consultation s’étend aux collaborateurs, poursuit le fondateur. Je ne suis pas un directeur classique qui a une idée et qui demande à ses sbires de la réaliser. Toutes les décisions sont prises à la majorité et chacun, dans son domaine de compétence, est poussé à s’amuser et à innover.» Pour Pascal Meyer, le défi premier est là: maintenir une vivacité d’esprit et d’entreprise parmi ses employés.

Les défis collectifs contribuent à maintenir ce mojo. «Nous lançons régulièrement des challenges minceur, recense le directeur. On se pèse le premier mois et après on voit! Le régime est adapté à chacun et l’on perd des kilos sans se mettre la pression. La dernière fois, 20 collaborateurs ont participé.» QoQa a aussi couru les 10 kilomètres de Lausanne à l’unisson. «Enfin, aux deux tiers», corrige Pascal Meyer. Qui, lui-même, s’est rendu dans la Forêt-Noire où il a passé deux semaines sans manger et sans connexion. La cure, façon XXL. «Je dois faire le ménage de temps en temps, car je suis très gourmand», explique le trentenaire, devenu père il y a deux ans.

Offres coups de théâtre

En matière de défis, QoQa excelle surtout dans les offres coups de théâtre. On se souvient des opérations spectaculaires autour des Tesla, Porsche ou Rolex Daytona proposées à moitié prix. On se souvient aussi du Picasso, en décembre 2017: ce Buste de mousquetaire dont les 40 000 parts de 50 francs ont été achetées par 25 000 QoQasiens» en 48 heures. Ces contributeurs égalitaires décident du lieu d’exposition du tableau. Aujourd’hui le Mamco, à Genève, demain Londres, Milan ou Tokyo… «J’aime que l’art soit accessible à tous», lance Pascal Meyer.

Et puis il y a ce défi, là encore inédit: réaliser le premier vin communautaire. Dans cette entreprise menée cette année avec un vigneron de Bursins, une centaine de QoQasiens ont pu se déplacer et suivre le processus de fabrication. Et des milliers d’autres ont voté en fonction des renseignements donnés. Plus ou moins fruité, plus ou moins structuré, etc. «C’est une manière ludique et pédagogique d’impliquer nos usagers dans une production locale de qualité», se réjouit Pascal Meyer. Une fois de plus, les chiffres lui ont donné raison. Les 6000 bouteilles de ce premier vin communautaire se sont écoulées en moins de 8 heures. Les Romands aiment les frissons.

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