Les expériences de Nicolas Gisin et de son équipe de l'Université de Genève ne sont pas dénuées d'applications concrètes. La principale est le cryptage des données. Avec l'explosion des télécommunications, cet enjeu est devenu immense. Surtout pour les banques et les autres institutions financières ou militaires qui craignent que leurs communications et leurs transferts soient piratés.

Aujourd'hui, les ordinateurs génèrent des clés de codage très compliquées, permettant de crypter les informations de manière très efficace mais jamais infaillible. Avec du temps et beaucoup de puissance informatique, il est possible de casser n'importe quelle clé créée par un ordinateur. «Cela peut poser des problèmes, par exemple avec les satellites, explique Nicolas Gisin. Si quelqu'un découvre la clé qui sert à coder les informations secrètes transmises entre l'appareil et un centre de contrôle, vous pouvez difficilement aller dans l'espace et modifier les paramètres du satellite.»

Les avantages de la «téléportation quantique» sont décisifs. Le cristal illuminé par un laser (lire ci-dessus) génère des paires de photons de manière parfaitement aléatoire. On mesure alors pour chaque paire le même paramètre physique, la polarisation par exemple et on utilise cette valeur pour construire une clé de codage.

Celui qui veut pirater cette information est obligé d'intercepter les photons circulant dans la fibre optique. Ce qui revient à annihiler le grain de lumière et à couper la communication, alertant du même coup les deux personnes qui s'envoyent des messages secrets.

Les chercheurs genevois ont montré qu'il était possible de monter un tel dispositif s'étalant sur dix kilomètres, avec des fibres optiques traditionnelles, qui sont celles de Swisscom.

Aux Los Alamos National Laboratories aux Etats-Unis, des chercheurs essayent de mettre au point un dispositif sans fibre optique. Le projet devrait servir pour des satellites militaires. Aux dernières nouvelles, ils sont parvenus à réaliser l'expérience sur 1,6 kilomètre. Ce qui est loin des 300 kilomètres nécessaires pour atteindre les satellites.