Pour l'audace, on attendra. Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a présenté hier les résultats du concours de propositions pour le réaménagement du quartier des Halles. A écouter son discours, sans envolées lyriques ni déploiement spectaculaire d'images et de maquettes, on avait l'impression qu'il marchait sur des œufs.

Quatre projets étaient en compétition (SC du 17.07.2004). Celui de Jean Nouvel, avec un jardin situé à hauteur des toits parisiens et des bâtiments nouveaux à l'architecture très forte, qui aurait renforcé la densité bâtie. Celui du Hollandais Winy Maas et son vitrail horizontal, une idée un peu folle très vite déclarée irréalisable. Celui d'un autre Hollandais, Rem Koolhaas, qui ouvrait le monde souterrain des Halles grâce à un canyon taillé dans la structure et qui rythmait l'espace extérieur par des constructions transparentes et colorées. Enfin celui de David Mangin, dont le grand toit plat au-dessus du centre commercial et de la gare, ainsi que le jardin ouvert en son centre par une large avenue prise dans la verdure, a fini par emporter l'adhésion de la municipalité et des habitants du quartier.

Jamais, en France, une entreprise d'urbanisme de cette envergure n'a donné lieu à une concertation aussi poussée. On avait plutôt l'habitude de décisions régaliennes comme celle qui a permis la construction du Centre Georges-Pompidou, l'achèvement du quartier de la Défense; ou de valses-hésitations comme celle qui a présidé au premier aménagement des Halles après le départ du marché d'alimentation de gros vers la banlieue sud en 1971. Un départ impréparé, des projets gigantesques revus sans cesse à la baisse ont conduit au désastre actuel: une gare métro-RER sous-dimensionnée (800 000 voyageurs par jour), deux centres commerciaux saturés par 40 millions de visiteurs par an, des bâtiments démodés et usés, un jardin peu accessible et désordonné.

Recoudre le tissu urbain

La première rénovation a aussi laissé le souvenir du trou énorme creusé au centre de Paris ainsi que du chantier interminable qui a mis les commerçants à genoux et les habitants à la torture. Si bien que l'on parle encore du traumatisme des Halles. C'est ce traumatisme que Bertrand Delanoë a voulu éviter: «Nous avons bien fait de prendre le temps pour nous demander ce que sera le cœur de Paris dans vingt-cinq ans… Nous n'avons pas voulu choisir une maquette ou une illusion, pas voulu nous plier à un effet de mode.»

La raison, dans le projet de David Mangin (qui coordonnera les travaux), c'est la volonté de «recoudre le tissu urbain», de relier les rues et les bâtiments environnants aux Halles rénovées et à leur jardin. C'est aussi une organisation des travaux qui n'obligera ni à interrompre la circulation des trains et des métros, ni à fermer le centre commercial. L'audace est à venir. L'idée d'un grand toit au-dessus du Forum, celle de l'ouverture des étages souterrains jusqu'à la salle des échanges de la gare et d'un grand jardin au niveau des rues, ont été retenues. Mais la conception finale sera soumise à un concours auquel participeront architectes, paysagistes, designers et artistes. Les travaux devraient commencer à la fin 2006.