Dans les milliers d’informations que capte chaque jour notre rétine de plus en plus fatiguée, comment capter l’attention de l’usager. Comment le débusquer, le saisir, retenir une parcelle – chère monétisée – de son temps?

C’est la grande question à laquelle tentent de répondre aujourd’hui tous les fournisseurs d’informations. Pour qu’un article atteigne son destinataire, il faudra en adapter le format aux applications mobiles. Et si cet article espère être lu, il faudra à coup sûr le propulser sur les réseaux sociaux. Mais la bataille de l’attention est toujours plus féroce. Et le flux des innovations toujours plus rapide.

Quartz étonne le monde

Le dernier à avoir étonné son monde s’appelle Quartz. Un magazine en ligne américain connu pour ses articles à l’affût de tout ce qui bouge en matière d’innovation et de nouvelles technologies. Mais pas que. Quartz, rappelle FrenchWeb.fr, «a pour ambition de bousculer les codes traditionnels de la presse.»

Il ajoute: «Pour y parvenir, le site lancé en 2012 a entièrement réinventé l’expérience de lecture de l’information, en la faisant reposer sur un savant mélange de chat en direct, de GIF animés, de jeux «point and click» (où le joueur choisit son action) et «d’humour lol». En somme, Quartz propose un pot-pourri de What’sApp, Buzzfeed pour les animations, et de punchlines dignes des news-show américains.»

L’adrénaline monte

Par la description alléchée, j’ai essayé. Téléchargée en un clin d’œil, l’application me fait immédiatement entrer dans la danse sur le mode d’une conversation texto: «Merci d’essayer notre appli! C’est une conversation autour des news – sur le mode texto. On vous envoie des messages et vous pouvez répondre en appuyant sur les boutons qui apparaissent. Ça vous convient?» Moi: «yep, ça me convient!» Eux: «ok, on vous envoie la dernière news»

Et hop, une conversation s’ensuit ou je suis immédiatement hameçonné. «Yannis Varoufakis – l’ancien ministre des finances grec, qui a secoué l’establishment avec ses plans radicaux – déclare que tout le monde devrait s’enthousiasmer pour Bernie Sanders» me lance Quartz. Qui me propose deux réactions: le bouton cool ou le bouton next. J’essaie cool. Quartz choisit alors de me livrer deux infos ultra-courtes tirées du site qui donne l’info développée sur Varoufakis et qu’il a agrégée. La conversation rebondit sur un mot de slang utilisé par Varoufakis. Fin de la séquence. Je suis resté pris deux bonnes minutes sur l’appli.

Toujours plus de robots

Que nous révèle cette conversation robotisée entre moi et le site? Que l’information est de plus en plus un processus chaud et interactif qui utilise, pour capter à nouveau l’attention du consommateur, tous les processus de sa socialisation. Quand une info me parvient via Facebook, je sais qu’elle a été sélectionnée par un ami qui me la recommande quasi à l’oreille, s’il ne s’agit pas de liens sponsorisés. Lorsque j’ouvre Quartz, c’est la sensation d’être pris par l’adrénaline d’un fol échange texto qui me gagne. Ce que FrenchWeb appelle le «journalisme conversationnel».

Depuis son lancement, l’application déclenche chez les utilisateurs des réactions très contrastées: il y a celles et ceux qui voient là l’avenir de la consommation de médias. Tandis que d’autres se lamentent lourdement sur les limites actuelles de l’application. NiemanLab, le laboratoire d’information de l’Université de Harvard nous apprend, lui, que Quartz est à pied d’œuvre pour améliorer, grâce à une prolifération de robots, la qualité des interactions.