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Quatre humeurs sur la grève des femmes du 14 juin 1991

Il y a vingt ans, une page spéciale regroupant six textes dans le «Journal de Genève» et la «Gazette de Lausanne». Morceaux choisis

«[…] Au fur et à mesure que s’étoffait le programme des manifestations annoncées dans tout le pays, le projet de grève des femmes a conquis ses lettres de noblesse. Car si les organisations patronales ont lancé des mises en garde plus ou moins péremptoires, les employeurs y ont répondu par l’ouverture de débats sur les lieux de travail à propos de la condition féminine ou par l’offre de récupérer les congés en souffrance. Habiles, ils ont ainsi confisqué la grève des femmes. Celles qui le voudront pourront participer, la conscience tranquille, au riche programme préparé pour l’occasion. […]»

«Affichettes, badges, cartes postales et T-shirts, tout a été écoulé bien avant la grève. Au point que Publissime, l’agence romande (carougeoise) qui en a créé le logo et le slogan, devait jeudi récupérer les badges des militantes pour les donner aux vendeuses et autres employées de banque qui en auraient bien voulu elles aussi.

Et Franceline Dupenloup, la responsable de cette agence de publicité entièrement féminine (7 personnes) et féministe, d’avouer «qu’on a peut-être sous-estimé l’ampleur du mouvement au-delà des syndicats et des usines. […]»

« […] Pile: l’épouse choisit de poursuivre ses activités professionnelles. Face, si tes horaires de travail te le permettent, tu assures la permanence à la maison pour garder bébé. Il y a les repas à préparer. Pas de panique. Grâce à Betty Bossi, tu sors très vite du cycle patates-riz-pâtes. Pour les courses, à la seule vue des queues interminables aux caisses, tu piges instantanément qu’il faut éviter les cohues des vendredi et samedi si tu ne veux pas rater la sortie d’école de l’aîné. Et puis il y a le «maquillage» de la maison: les sols à nettoyer, les traces de doigts sur les vitres, car tu ne veux pas passer pour négligent et désordonné…

Bref, tu rames un peu… mais avec bonne conscience. […] Tu peux alors te laver les mains de la lessive et du repassage; parce qu’[…] aux nuances entre viscose et laine, tu préfères disserter sur la manière de rôtir le gigot. […]»

«[…] Des femmes appellent à la grève, pour marquer les 10 ans de l’égalité, dont elles disent qu’elle n’a rien changé à la condition féminine. Enfin, Mesdames, regardez autour de vous! Ne voyez-vous pas ces bataillons de femmes qui investissent peu à peu les entreprises, les syndicats, l’Université, l’administration, le monde politique, et qui bientôt arriveront en force au sommet de la hiérarchie! […] D’accord, il reste de nombreux machos dans ce pays, mais ils ont perdu leur prééminence légale.»

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