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Le Québec, froid dehors, chaud dedans

Visiter la Belle Province durant la saison froide permet de passer de l’effervescence du carnaval de Québec à des promenades dans de vastes paysages sculptés par des quantités de neige que la Suisse ne connaît plus

Dix mois après une semaine passée au Québec, ce qui revient en premier, c’est la sensation d’avoir véritablement éprouvé le froid. Ce froid qui pique, qui brûle, et dont on se prémunit en optant pour la technique de l’oignon: on enfile plusieurs couches de vêtements, y compris plusieurs bonnets et paires de gants, quitte au final à ressembler à Bonhomme, l’effigie tout en rondeur du carnaval de Québec. Laquelle est, contrairement à d’autres mascottes, capable, à la faveur d’un micro intégré, de parler. Bonhomme est pour les Québécois une figure aimée et rassurante. Afin d’en garder la magie, seules quelques rares personnes connaissent l’identité de celui qui se cache à l’intérieur de l’imposant costume.

Qui ne craint pas le froid ira au Québec en hiver. Tel pourrait aisément être le slogan d’une campagne marketing incitant le citadin européen à visiter la Belle Province entre novembre et mars. Car la partie francophone du Canada a ceci de particulier que les variations de température y sont abyssales, gagnant et perdant facilement une cinquantaine de degrés entre les saisons estivale et hivernale.

Expéditions françaises

Un hiver, deux ambiances: voilà l’argument marketing que privilégie plutôt le bureau Québec Original afin de vanter les mérites d’une province – la plus vaste du Canada – dont la superficie équivaut à près de quarante fois celle de la Suisse. Mais la ville de Québec a, au contraire, comme atout majeur la dimension humaine de son centre historique, avec ses vieux quartiers et sa ville haute. Et à l’inverse des grandes métropoles nord-américaines, la capitale québécoise peut se targuer d’une histoire pluricentenaire. C’est au début du XVIIe siècle que l’explorateur Samuel de Champlain en posa les fondements et en fit le berceau de la civilisation française sur les terres du Nouveau Monde.

Mais si Champlain est aujourd’hui célébré comme le fondateur de Québec, il n’est pas le premier aventurier à avoir posé le pied sur les rives du Saint-Laurent. Cet honneur échoit au navigateur breton Jacques Cartier qui, envoyé en mission d’exploration par le roi François Ier, a été le premier Européen, en 1534 puis 1535, à s’engouffrer dans l’embouchure du fleuve et à explorer la région. Il y reviendra en 1541 avec l’intention d’y établir une colonie. Las, le froid ainsi qu’une épidémie de scorbut en décidera autrement.

Québec est fier de son histoire. Cartier et Champlain, souvent en faisant fi des dommages collatéraux dont furent victimes les peuples amérindiens, y sont largement célébrés. Comme est également contée l’histoire d’une succession de batailles qui, en 1759-1760, verront l’Empire britannique prendre possession de la ville. D’où une architecture qui, au pied de l’enceinte fortifiée au sommet de laquelle trône l’emblématique château Frontenac, voit d’imposants bâtiments anguleux d’obédience britannique encercler le quartier du Vieux-Québec, dont les étroites ruelles évoquent celles des villages bretons et normands. Une séquence d’Arrête-moi si tu peux censée se dérouler en France y fut d’ailleurs tournée en 2002 par Steven Spielberg.

Premières nations

En hiver, lorsque le Saint-Laurent commence à se figer et que la neige et le givre transforment la morphologie et le relief de la ville, les habitants de Québec savent qu’il est temps de se préparer pour l’événement phare de la saison: le carnaval, avec en point d’orgue les deux grandes parades nocturnes du samedi. La manifestation, dont les débuts remontent à 1854, se targue depuis 1954 et la première apparition de Bonhomme d’être le plus grand carnaval d’hiver du monde. Devenu un outil économique et touristique essentiel, il a été revu cette année, ses deux défilés se voulant dorénavant plus modernes que traditionnels, comme pour rappeler que cette institution qu’est le Cirque du Soleil est bien québécoise – et non une création californienne pour les grands hôtels de Las Vegas.

A lire: Service public et vidéo en ligne: le Québec donne l’exemple 

Mais les traditions ne se perdent pas. Outre les sculptures sur glace qui envahissent la ville, dont un grand palais qui, chaque année, dévoile une architecture différente, la grande course en canot, qui voit de courageux rameurs et rameuses braver les eaux glaciales et en partie gelées du Saint-Laurent, demeure l’un des points forts du carnaval. Elle est aussi incontournable qu’un détour par les buvettes pour y déguster un Caribou, mélange de vin rouge et d’eau-de-vie, ou une Ponce, cocktail tiède à base de rhum, de gin et du typique Sirop à Bonhomme, et dont les vertus réchauffantes sont hautement recommandables.

Dans les environs de la capitale, les activités hivernales sont évidemment nombreuses. Mais qui voudra avant tout se plonger un peu plus dans l’histoire de la Belle Province se rendra à Wendake. Dans un pays qui, à l’instar des Etats-Unis, n’a pas été exemplaire dans sa gestion des peuples racines, cette réserve, lieu d’origine de la nation huronne-wendat, fait figure d’exception. Exemple d’une intégration réussie, l’Hôtel-Musée Premières Nations met magnifiquement en valeur – et sans tomber dans la reconstitution de parc d’attractions – l’histoire millénaire d’un peuple qui en son temps aida Cartier, avant d’être en partie décimé par les maladies amenées par Champlain et les colons. Pour le grand chef Konrad Sioui, être à la tête d’un territoire de 500 km² qui compte encore quatre clans est source de fierté. Aux visiteurs qui le questionnent, il parle d’honneur, de dignité et de respect. «Le tourisme n’a pas dénaturé nos traditions», dit-il.

Réserve de ciel étoilé

Un hiver, deux ambiances. On y revient. En marge d’un séjour dans sa capitale, le Québec offre la possibilité de se sentir petit dans de vastes paysages. Les Cantons-de-l’Est, une région située au sud-est de la capitale économique Montréal, et qui s’étend jusqu’à la frontière avec les Etats-Unis, a ainsi de nombreux atouts à faire valoir. Et un argument de taille: parmi les 25 montagnes qui lui offrent une topographie vallonnée, et permettent de belles escapades en raquettes ou traîneau à chiens, quatre dépassent les 1000 mètres d’altitude. Mais forcément, lorsqu’un Québécois croise la route d’un Suisse, cet argument se dégonfle.

Reste qu’un de ces sommets, le Mont-Mégantic, qui culmine à 1105 mètres, classé parc national, a de quoi se démarquer. Sur un de ses flans, un ASTROLab permet au visiteur d’appréhender les mystères de l’univers, et de comprendre ce que les fraîchement nobélisés Michel Mayor et Didier Queloz ont dû ressentir lorsqu’ils ont été les premiers à identifier une exoplanète. Grâce à une politique de limitation de la pollution lumineuse dans les villes environnantes, le Mont-Mégantic est devenu il y a une dizaine d’années, sur certification de l’International Dark-Sky Association, la première réserve officielle de ciel étoilé au monde.

Les Cantons-de-l’Est, c’est aussi une succession de petites (Sutton, Magog) et plus grandes (Sherbrooke) villes où l’on sent un mélange d’influences culturelles à la fois américaines et européennes. Et c’est enfin un label, «créateurs de saveurs», destiné à mettre en valeur une multitude de microbrasseries réunies au sein d’un circuit, ainsi que des «cafés de village» qui, s’ils veulent utiliser cette appellation, doivent garantir que leurs produits sont locaux.

Le Québec en hiver, ce sont deux ambiances, un froid qui pique, de la neige en abondance et des pluies givrantes instantanées, mais surtout la douce sensation, pour le touriste romand – qui partage avec le Québécois un statut de minorité francophone – d’être accueilli en ami.


Se rendre au Québec

Air Canada propose des vols directs Genève-Montréal.

Y dormir

Ville de Québec

> Auberge Le Saint-Pierre

Proche du Musée des civilisations, un hôtel historique au confort optimal.

> Auberge Saint-Antoine

Un hôtel-musée qui ne ment pas lorsqu’il dit proposer une expérience unique.

Cantons-de-l’Est

> Le Pleasant Hôtel & Café (Sutton)

Une ancienne résidence victorienne transformée en petit hôtel de charme.

> Haut Bois Dormant (Notre-Dame-des-Bois)

Un confortable bed & breakfast doublé d’une table d’hôte proposant une inventive cuisine maison.

Y manger

Ville de Québec

> Louise Taverne & Bar à vin

Dans le quartier du Vieux-Port, pour les amateurs de bistronomie.

> Café Sirocco

Pour le touriste en mal de spécialités méditerranéennes.

> Auberge Saint-Antoine

Même si vous ne séjournez pas dans cette auberge, son restaurant est incontournable. Mention spéciale à l’imposant brunch dominical.

Cantons-de-l’Est

> Auberge Sutton Brouërie (Sutton)

Une cuisine de brasserie doublée d’une microbrasserie produisant des bières d’une magnifique amertume.

> Le Cafetier Sutton (Sutton)

Un exemple typique de «café de village», label garantissant une cuisine simple et locale.

> La Shop (Magog)

Une ancienne usine textile transformée en bistrot reconnu notamment pour ses sandwichs «grilled cheese».

A faire

Ville de Québec et environs

> Carnaval de Québec

L’autoproclamé plus grand carnaval d’hiver du monde aura lieu, en 2020, du 7 au 16 février.

> Hôtel de Glace (Saint-Gabriel-de-Valcartier)

Chaque année, l’Hôtel Valcartier construit un éphémère Hôtel de Glace. On peut y dormir, mais aussi simplement venir y déguster un cocktail dans un verre taillé dans la glace.

> Hôtel-Musée Premières Nations (Wendake)

Exemple réussi d’intégration d’un peuple amérindien.

> Aventure Inukshuk (Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier)

Différentes activités d’hiver, dont un parcours balisé en traîneau à chiens idéal pour les débutants.

Cantons-de-l’Est

> Plein Air Sutton (Sutton)

Sentiers balisés pour promenades en raquettes, crampons, ski de fond et «fatbike».

> Clos Saragnat (Frelighsburg)

Installé au Québec de longue date, le vigneron français Christian Barthomeuf est l’inventeur du cidre de glace – un cidre produit à l’aide de pommes qu’il laisse naturellement geler sur les arbres.

> Marais de la Rivière-aux-Cerises (Magog)

A l’entrée de cette petite réserve naturelle proposant plusieurs sentiers, un centre d’interprétation emmène à la découverte d’un biotope à la faune variée.

> ASTROLab (Notre-Dame-des-Bois)

Le monde merveilleux de l’astronomie à portée de main, au cœur de la première réserve internationale de ciel étoilé.

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