Le Temps: Comment décrivez-vous l’humour de votre pays?

Woody Wade: Il en existe différents types. Le courant le plus influent est l’humour juif, fondé sur l’autodérision, qui pose son sujet comme la victime de la blague. Un genre qui n’est pas réservé aux seuls juifs. Le bon côté des Etats-Unis, c’est que tout le monde est issu de l’immigration, et donc d’un environnement culturel très typé. Or, les stéréotypes ont un immense potentiel humoristique. Se moquer de soi en faisant référence à sa provenance socio-ethnique est un ressort classique de l’humour américain.

– Qu’est-ce qui le distingue de l’humour suisse?

– Je crois que cette différence se mesure au temps qu’il faudra à quelqu’un pour se sentir autorisé à taper dans le dos et plaisanter avec une personne qu’il vient de rencontrer. Aux Etats-Unis, ce sera après 5 secondes. En Suisse, peut-être après 5 ans.

– Que pensez-vous de la satire politique dans votre pays?

– J’ai le sentiment que le «climat humoristique» aux Etats-Unis s’est radicalement tendu. Cela remonte à l’élection présidentielle de 2000, lorsque toute la gauche a eu le sentiment que George W. Bush avait volé son élection. C’est comme si, à ce moment-là, les humoristes de gauche avaient disjoncté. Les attaques sont devenues très personnelles et d’une violence inédite. Je ne sais pas si ce climat reflète le durcissement des rapports sociaux, ou si ce n’est pas l’inverse. Si ce n’est pas la méchanceté de l’humour qui contribue à ce durcissement. L’humour est l’un des indicateurs de santé d’une société.

* «Drop us a line, sucker», par Stuart et James «Woody» Wade, est paru en 1995.