La question

La question du dimanche: en quoi nos intérieurs nous influencent-ils?

Chaque dimanche à certaines période des l'année, «Le Temps» s'interroge. La réponse de Virginie Dodeler, maître de conférences en psychologie sociale et travail à l’Université Rennes 2

On ne questionne plus le rôle que jouent la configuration et l’aménagement des espaces sur les relations interpersonnelles, la performance et le bien-être. Dès les années 1960, des études menées dans des salles de classe ou de réunion ont permis d’identifier l’influence des lieux sur la manière dont les gens vont ou non interagir ensemble, et donc l’incidence que cela a sur les activités qui peuvent s’y dérouler.

Les promesses trompeuses de l'open space

On sait par exemple que les open spaces ne favorisent pas forcément la performance des salariés, à l’exception des métiers qui impliquent des activités de collaboration et de créativité. Lorsque les tâches nécessitent de la concentration, travailler dans des surfaces ouvertes peut nuire à la performance, par les nuisances sonores, le dérangement, le manque d’intimité ou encore l’absence de contrôle de certains éléments collectifs, comme la température de la pièce. De nouvelles formes de lieux de travail tendent à se développer, telles que les flex offices, qui proposent des espaces mixtes alliant bureaux fermés, salle de réunion et open space. Le principe est de ne pas avoir de places attribuées mais d’occuper ces différents espaces au gré de ses activités quotidiennes.

Parmi les caractéristiques architecturales, plusieurs facteurs peuvent influencer le niveau de bien-être, de stress et d’anxiété des usagers. L’agencement des lieux doit être cohérent, facilement compréhensible et permettre une utilisation intuitive. Le manque de contrôle au sein des espaces privés, professionnels ou de soin peut mener à un sentiment d’impuissance apprise qui a un effet délétère sur la santé.

Des qualités reconstituantes

A l’inverse, certains espaces peuvent avoir des qualités reconstituantes, c’est-à-dire un effet bénéfique pour la santé, et diminuer le stress. La nature a notamment ce potentiel thérapeutique: elle peut se matérialiser par la présence de parc ou forêt alentour, d’un atrium, de plantes vertes, d’aquarium, mais aussi être évoquée par le biais d’affiches, de tableaux, de papier peint de forêt ou de bord de mer. Quant à la personnalisation et à l’appropriation des lieux, elles peuvent permettre de se sentir chez soi dans un environnement institutionnel.

Enfin, toutes ces connaissances sur l’influence des espaces peuvent être mises en application pour concevoir des surfaces de soin propices à la guérison.


Virginie Dodeler et Gustave-Nicolas Fischer, «Mon bureau, ma maison et moi», Dunod, 2016.


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